Portrait

Florian Evéquoz, diffuseur de connaissances

Le Valaisan multiplie les casquettes, entre chercheur et politicien en herbe. Dans toutes ses activités, son objectif est toujours le même: éduquer et autonomiser la population

Dans son quintet de jazz amateur, Florian Evéquoz est contrebassiste. Jamais dans la lumière comme peut l’être le soliste, mais indispensable à la bonne marche de l’ensemble, il crée les fondements des morceaux joués. Ce rôle, le Valaisan de 38 ans ne l’endosse pas uniquement lorsqu’il a son instrument entre les mains. Dans sa vie de tous les jours, il préfère se mettre au service du collectif. Le portrait qu’on lui propose est donc «à contre-emploi».

«Ce qui m’anime, c’est de diffuser des connaissances pour, quelque part, éduquer et autonomiser les gens», avoue-t-il, sans prétention aucune. Cette volonté d’empowerment se traduit dans ses multiples activités. Il partage son savoir avec les élèves du laboratoire de recherche en informatique centrée sur l’humain de la HES-SO Valais, dont il est le responsable. Il collabore à des investigations journalistiques avec Datastory, son entreprise d’analyse de données, créée il y a cinq ans afin «d’aider les journalistes et le grand public à visualiser, explorer et comprendre des données complexes».

Ses engagements associatifs ont le même objectif. Il fait partie des instigateurs du TEDx Martigny ou des Carnotzets scientifiques, le pendant valaisan des cafés scientifiques. «On veut participer à la diffusion d’idées innovantes et de recherches scientifiques auprès du grand public. C’est une attitude un peu positiviste de la fin du XIXe siècle», sourit-il.

Le côté obscur des nouvelles technologies

Florian Evéquoz est de ces scientifiques convaincus que la science doit contribuer à un meilleur bien commun. L’humain est d’ailleurs toujours placé au centre de ses recherches. Lorsqu’il étudie les nouvelles technologies, il s’intéresse à leur impact sur notre quotidien. «Elles peuvent amener des bienfaits à la société, à condition de les approcher avec nuance et conscience éthique», argumente-t-il. Il l’a d’ailleurs démontré avec la première primaire digitale de Suisse réalisée avec le mouvement non partisan Appel Citoyen, qu’il a cofondé, ou en collaborant avec CarPostal pour améliorer la communication de la navette autonome de Sion avec les piétons.

Le Valaisan n’oublie pas pour autant leur côté néfaste. «De nombreuses technologies, comme les réseaux sociaux, modifient nos comportements et pas forcément pour un mieux. Leur but est de vendre de la publicité. Elles créent donc des addictions afin d’accaparer notre attention au détriment de leurs concurrents, car c’est elle qui leur permet de générer de l’argent.»

En tant que scientifique, il considère que c’est son rôle de mettre le doigt sur ces dérives. S’il ne se veut pas alarmiste, il estime que la société est en train d’aller trop loin. «Le risque est de fabriquer une économie basée uniquement sur l’attention, qui enlève de leurs libertés aux gens. En les rendant addicts, on diminue leurs capacités de concentration ou de conceptualisation.»

«L’école a un rôle à jouer, qu’elle ne remplit pas aujourd’hui»

Pour sortir de cette spirale négative, Florian Evéquoz est persuadé qu’il faut passer par l’éducation. «L’école a un rôle à jouer, qu’elle ne remplit pas aujourd’hui», appuie-t-il. Convaincu que le monde du XXIe siècle sera numérique, il juge nécessaire que les enfants développent des compétences en programmation, afin de comprendre le fonctionnement de l’intelligence artificielle. «C’est avec ces outils-là qu’ils seront armés pour demain. Cette culture numérique, cette pensée computationnelle doit faire partie de la culture générale des enfants d’aujourd’hui», insiste-t-il.

Cette sensibilisation doit également passer par la politique, «même si son rythme est lent». «Les acteurs politiques doivent se poser une question clé: comment garantir la liberté individuelle en nous préservant des risques de domination exercés via ces acteurs?» explique Florian Evéquoz. Pour lui, la réponse à cette interrogation passe par davantage de transparence et de contrôle par le grand public sur ces technologies.

Cette vision, il tentera de la partager au sein de la Constituante valaisanne, dont il est l’un des 130 élus, pour l’inscrire dans la Constitution cantonale. Il est persuadé qu’il «ne faut pas jeter la science et l’innovation à la poubelle en prétendant que c’est la fin de l’humanité. Il faut s’appuyer sur elles, tout en retrouvant une forme de sobriété en se basant sur les traditions.»

Le Valaisan a une certaine nostalgie du temps de ses parents et de ses grands-parents. Mais une saine nostalgie. Il se réjouit du retour vers un monde plus proche de la nature, avec des initiatives comme le zéro déchet ou la permaculture. «C’est en quelque sorte une manière durable d’approcher l’évolution», glisse-t-il.

Un engagement politique, par amour du Valais

Mais la raison principale de son engagement politique réside dans son amour du canton qui l’a vu naître. Il aime le Valais, profondément, et espère le voir évoluer. «Quand je l’ai quitté pour mes études, j’ai changé de regard. J’ai vu des choses que je ne voyais pas quand j’y étais. Il y a de belles opportunités pour ce canton. Réécrire sa Constitution peut permettre à certaines d’entre elles de se matérialiser», est-il convaincu.

Cette ouverture d’esprit, Florian Evéquoz espère la partager en politique, comme il le fait dans ses autres activités. Mais n’est-ce pas une mission compliquée que de vouloir ouvrir l’esprit de la population d’un canton réputé conservateur? «Ce sont les clichés que les non-Valaisans ont sur le Valais, répond-il. Comme tous les clichés, ils forcent le trait. Il n’en demeure pas moins qu’ils se fondent sur des vérités. Il y a un petit peu de cela dans notre canton.»


Profil

1981 Naissance à Sion.

2010 Obtient son doctorat en informatique et se marie avec Emmanuelle.

2012 Naissance de son premier fils, Léon.

2014 Naissance de son deuxième fils, Alexis, et fondation de Datastory.

2018 Est élu à la Constituante valaisanne sous la bannière Appel Citoyen.


Nos portraits: pendant quelques mois, les portraits du «Temps» sont consacrés aux personnalités qui seront distinguées lors de l’édition 2019 du Forum des 100. Rendez-vous le 9 mai 2019.

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