Les Forces motrices bernoises (FMB), actives notamment au Mont-Crosin, ont annoncé lundi qu’elles réduisaient de 40% leurs objectifs 2030 pour la production d’énergie éolienne. Une décision justifiée par la lenteur des procédures et la multiplication des blocages. Un tournant? Questions au conseiller national Roger Nordmann (PS/VD), défenseur des énergies renouvelables.

Le Temps: L’un des principaux acteurs revoit ses objectifs éoliens à la baisse. Craignez-vous un effet boule de neige?

Roger Nordmann: Non. Même si les FMB ont été pionniers dans ce secteur, les principaux acteurs sont aujourd’hui les compagnies d’électricité des villes, qui remplissent des mandats populaires et constitutionnels de développement de l’énergie éolienne. De bons projets vont aboutir en 2011 et 2012, par exemple ceux des Services industriels de Lausanne et de Genève. Le projet d’Eoljorat (en collaboration avec Alpiq, ndlr), qui permettrait de couvrir 10% de la consommation de Lausanne, est exemplaire.

– Les objectifs du parlement suisse (4500 GWh en énergies renouvelables d’ici à 2030) sont-ils irréalistes, comme le soutiennent les FMB?

– Cet objectif reste valable. L’Autriche, qui connaît des conditions similaires aux nôtres, produit déjà 2000 GWh d’éolien par an et vise les 7000 GWh en 2020. Heureusement, les projets dans la file d’attente du rachat à prix coûtant totalisent 2000 GWh.

– Les procédures ne sont-elles pas trop lentes?

– Il faut certainement simplifier certaines procédures et clarifier des points dont l’interprétation porte à contestation (par exemple l’implantation dans les parcs naturels régionaux ou la lisière des forêts). Il est indispensable de rechercher le consensus, ce qui n’est pas toujours le fort des grandes sociétés électriques. De leur côté, les organisations de protection de l’environnement doivent admettre que le remplacement des énergies fossiles et nucléaire passe forcément par le développement de la production renouvelable.

– Que faire pour redonner de la popularité aux projets éoliens?

– Les regrouper en parcs plutôt que les disperser, éviter les crêtes, bien choisir les emplacements. La distance minimale légale de 300 m par rapport aux habitations est trop faible, il faudrait la pousser à 800 m. Il faut impliquer la population.

– On fait parfois aux producteurs d’électricité un procès d’intention: ils chercheraient surtout à démontrer qu’il n’y a pas d’autre solution que le nucléaire. La décision des FMB conforte-t-elle cette version?

– Ne mettons pas toutes les compagnies dans le même panier. Celles que j’appelle les trois soviets de l’atome, FMB, Axpo et Alpiq, veulent nous imposer du nucléaire, comme les constructeurs de locomotives à vapeur essayaient de vendre encore leur produit au moment de l’électrification des chemins de fer. Mais d’autres, en particulier les distributeurs romands, sont beaucoup plus crédibles, car leur politique inclut aussi les efforts en faveur des économies d’énergie. Ils développent sérieusement le renouvelable.