L'offre pléthorique dans le domaine de la médecine alternative donne du souci aux caisses maladie. Les assureurs craignent une forte baisse de la qualité des soins et se plaignent de l'explosion dans la formation des «guérisseurs». Alors que de nouvelles thérapies vont entrer sur les listes de l'assurance de base, cinq caisses tirent la sonnette d'alarme.

«La demande explose», affirme Guido Fürer, de la CSS. En 1998, les dépenses de l'assurance complémentaire «médecines alternatives» ont augmenté de 30%. Les caisses maladie Helsana et Concordia ont également constaté une hausse dans ce secteur. Actuellement, quelque 10 000 thérapeutes non FMH exercent en Suisse et une vingtaine d'écoles forment chaque année des centaines de nouveaux praticiens. Selon les experts et les critères utilisés, le nombre de thérapies différentes disponibles sur le marché varie de 70 à 380. Il est devenu très difficile pour les caisses maladie de «trier le bon grain de l'ivraie», déplore le porte-parole de Helsana, leader des assureurs. Au début de l'année, cette caisse a constitué, avec la CSS, Concordia, Swica et Wincare, la Communauté d'intérêt Qualité des soins dans les médecines alternatives. Cette association a mandaté en mars un institut privé bâlois, Eskamed SA, pour tester durant l'année en cours les 10 000 prestataires de soins alternatifs actifs dans le pays.

Dès le 1er juillet, la médecine alternative sera confrontée à une plus forte concurrence. Certains types de soins paramédicaux prodigués par des médecins FMH seront désormais remboursés par l'assurance de base. Rappelons qu'il s'agit de l'acupuncture, de l'homéopathie, de la phytothérapie, des thérapies neurales et de la médecine anthroposophique. Les consultations dispensées par des praticiens non FMH ne seront couvertes que par les assurances complémentaires, ce qui suscite les critiques de certains thérapeutes qui y voient un système à «deux poids et deux mesures».

Législations discordantes

Il y a en Suisse quelque 2500 médecins FMH pratiquant l'acupuncture ou l'homéopathie. La concurrence sera donc rude et la situation compliquée par le fait que les législations demeurent fort différentes d'un canton à l'autre.

Les cantons de Berne et de Bâle-Ville, par exemple, interdisent toute forme de pratiques non académiques; Lucerne exige une formation professionnelle d'un à deux ans, tandis que Saint-Gall autorise les thérapeutes ayant passé un examen auprès de médecins FMH. La Conférence des directeurs des affaires sanitaires envisage bien de conseiller les cantons sur la façon de contrôler la qualité des soins et le niveau de formation des praticiens: mais au vu des dissensions internes propres au monde paramédical, une harmonisation des lois n'est pas pour demain.