Après Genève et le canton de Vaud, sera-ce au tour de Neuchâtel de craindre des manifestations de sa fonction publique cet automne? Tous les ingrédients, en tout cas, sont réunis pour que les fonctionnaires du canton expriment leur colère dans la rue. A moins que…

A moins que la réunion de la commission consultative, qui se tiendra pour la première fois le 25 août, ne débouche sur un apaisement du conflit. Un dénouement serait malgré tout surprenant tant est longue la liste des plaintes des syndicats de la fonction publique, toutes liées à la nouvelle grille salariale que le Conseil d'Etat entend imposer à son administration. Ce nouveau mode de rémunération est appliqué depuis le 1er juillet aux nouveaux engagés et le sera dès le 1er janvier prochain aux anciens employés.

Sur la forme, le Syndicat des services publics (SSP) reproche au gouvernement d'avoir omis de consulter les représentants du personnel dans la mise en œuvre du nouveau système de rémunération, ainsi que d'avoir retouché la grande majorité des questionnaires que les employés avaient dû remplir pour situer leurs niveaux de responsabilité et de qualifications. Sur le fond, le syndicat critique le fait que la grille aboutisse à un blocage des salaires pour 8 à 10% des employés, soit plus de deux cents fonctionnaires. Il craint également et surtout que l'Etat cherche, par le biais du nouveau système, à introduire le salaire au mérite.

La nouvelle grille salariale est une conséquence de la loi – adoptée en juin 1995 par le Grand Conseil – introduisant une réforme en douceur du statut de la fonction publique. Le texte, défendu par le conseiller d'Etat socialiste Francis Matthey, avait été adopté contre l'avis des partis de gauche et des écologistes. Il était également combattu par les syndicats et cinq cents fonctionnaires avaient manifesté en mai pour exiger son retrait.

Trois ans plus tard, et bien que les syndicats affirment ne pas être opposés à une réévaluation des fonctions, les positions ne paraissent pas avoir beaucoup évolué. Sur la même longueur d'onde que la Société des magistrats et fonctionnaires (SMF), le SSP menace d'organiser une manifestation cet automne. La première demande que seuls 50% des fonds réservés aux augmentations salariales soient affectés en fonction du mérite, alors que le SSP exige au moins le maintien de l'adaptation au renchérissement pour les salaires bloqués.

Les 8 à 10% des employés de l'Etat qui sont actuellement mieux payés que le prévoit le nouveau tableau continueront à percevoir le même salaire. Mais ils ne seront plus augmentés et ne toucheront plus le renchérissement. A l'opposé, 6% des fonctionnaires touchent un revenu en dessous du minimum prévu. Il sera lui aussi progressivement adapté.

Le Conseil d'Etat a toutefois promis que chaque cas sera examiné individuellement et qu'il attendra les conclusions du groupe consultatif qui débutera ses travaux le 25 août avant une décision définitive. Présidée par le conseiller d'Etat Jean Guinand, cette commission sera composée de trois délégués des associations du personnel et de trois membres désignés par le gouvernement.

Les employés de l'Etat neuchâtelois ne sont pas les seuls fonctionnaires romands à menacer leurs employeurs de descendre dans la rue. Dans le canton de Vaud, la décision de juin du nouveau gouvernement de reprendre de zéro la réforme du statut des fonctionnaires a provoqué la colère des syndicats qui promettent un automne chaud.

A Genève, où le conflit est toujours latent, le Cartel intersyndical a refusé de participer à la table ronde visant à réduire le déficit de l'Etat et écarte pour l'heure tout projet imposant de nouveaux sacrifices aux fonctionnaires. Un affrontement paraît difficilement évitable puisque le Conseil d'Etat chiffre à près de cent millions de francs les économies qui devraient toucher la fonction publique.

Dans le Jura, en Valais et à Fribourg, la situation est moins tendue, en dépit des efforts déjà consentis. Tout comme Neuchâtel, le canton de Fribourg s'apprête cependant à mettre au point une nouvelle grille d'évaluation des fonctions de l'Etat. Pour l'heure, ce projet n'a suscité aucune polémique. Notamment parce que cette grille est discutée par une commission d'évaluation formée de hauts fonctionnaires et de représentants syndicaux.