La dernière opération séduction de La Poste n'a pas reçu l'écho escompté. L'entreprise s'était pourtant parée de ses plus beaux atours, mardi, lors d'une conférence de presse destinée à présenter ses innovations. Mais c'était compter sans la résurgence des agitations syndicales, entamées la semaine dernière. La menace d'une grève le 25 novembre prochain et d'autres actions, qualifiées de dures par le Syndicat de la communication, a volé la vedette aux derniers produits présentés par la Poste. Les syndicats continuent à dénoncer les procédés d'externalisation de l'ex-régie fédérale censés évincer ses employés de la convention collective de travail. Ils pointent aujourd'hui du doigt ses tentatives d'intimidation pour décourager les salariés à agir.

Une affichette rappelant les peines encourues par les fauteurs de troubles du service public a été disposée dans certaines bases de distribution de l'entreprise. Christian Levrat, président du Syndicat de la communication, hésite entre le rire et les larmes pour commenter le procédé. «C'est indigne d'avoir recours au Code pénal pour régler des affaires de partenariat social», s'offusque-t-il. A La Poste, on dément le fait que cet avertissement écrit émane du sommet de la pyramide. «Aucune mesure n'a été prise dans ce sens au sein de la direction générale», précise François Tissot-Daguette, son porte-parole.

L'origine de la mesure n'est pas la préoccupation première du Syndicat de la communication. Le gros souci de Christian Levrat est désormais son potentiel d'efficacité auprès du personnel. «De nombreux postiers ont peur», explique le syndicaliste. Et ce n'est pas peu dire lorsque l'on sait que les réfractaires risquent entre 6 et 12 mois de prison. Le syndicat va désormais être contraint d'adapter sa manière de faire, même si la mobilisation reste d'actualité.

Le partenariat social entre La Poste et le syndicat semble au plus mal. Pourtant, l'ex-régie fédérale assure vouloir continuer sur la voie de la diplomatie. Son patron, Ulrich Gygi, a d'ailleurs réitéré la promesse de rester à l'écoute de ses employés. «Cela fait six mois qu'il parle ainsi et rien n'a changé», rétorque Christian Levrat. De son côté, le chef de file du Syndicat de la communication marque tout de même son soutien aux nouvelles orientations présentées en conférence de presse. «Nous trouvons positif que La Poste fasse des efforts d'adaptation. Ce que nous critiquons, c'est le non-respect du partenariat social», nuance-t-il encore.

Hasard du calendrier ou manœuvre de coulisses, l'annonce de débrayages durant la période de l'Avent, dans la presse de mardi, n'a pas joué en faveur de la tentative de séduction de La Poste. Cette dernière essaie tant bien que mal de faire les yeux doux au public, en se présentant comme une entreprise «innovante et moderne». Alors que, il y a moins d'un mois, elle promettait une seconde vie à la lettre papier, elle a vanté mardi les avantages des nouvelles technologies. Pour s'adapter aux habitudes de sa clientèle, le géant jaune s'est armé de toute une gamme de produits qui fait la part belle à Internet. Avec le timbre-poste numérique, son service via la téléphonie mobile, une Postcard accessoirement abonnement de ski ou les tickets de transports électroniques, La Poste prend les devants pour se distancier le moins possible de ses concurrents. «Nous devons garder nos clients pour préserver les places de travail», a déclaré Ulrich Gygi.

En plus de toutes ces nouveautés, La Poste a annoncé son intention de racheter la division Document Services du groupe Telekurs. Aucune réduction d'emplois n'est envisagée dans le cadre de cette reprise.