Mobilité

Sur fond d'alliance vélo-voitures, le Conseil fédéral veut encourager les pistes cyclables

Le Conseil fédéral approuve un message qui sert de contre-projet à l'initiative Pro vélo. Il recommande de rejeter cette dernière. Chez les activistes du cycle, le sujet divise

Le Parlement pourra débattre de l'encouragement du vélo en Suisse. Le Conseil fédéral lui a transmis ce mercredi son message sur son contre-projet à l'initiative Pro vélo. Il recommande de rejeter cette dernière.

Le contre-projet direct que le gouvernement veut opposer à l'initiative se contente d'encourager la création d'un réseau de voies cyclables en Suisse sans mesures contraignantes. Le Conseil fédéral a dû remanier son projet face aux réticences de la droite.

 

 

PRO VELO vend-elle son âme au diable? Selon une information de la presse dominicale, l’association cycliste et le Touring Club Suisse (TCS) s’associent afin de mieux se partager les chaussées. Dans la guerre du bitume qui oppose les quatre-roues et les deux-roues, les belligérants auraient trouvé un terrain d’entente. Au niveau politique, c’est une première.

L’initiative déposée en mars 2016 par l’association cycliste «Pour la promotion des voies cyclables et des chemins et sentiers pédestres» n’ayant pas fait l’unanimité auprès des députés PLR et UDC du parlement, un contre-projet plus conciliant a été approuvé aujourd’hui, mercredi, par le Conseil fédéral. La Confédération est donc désormais tenue de considérer l'aménagement destiné aux cyclistes de la même manière que celui qu'elle réserve aux piétons. A travers le nouveau texte, qu'ils proposent donc aux Chambres fédérales, les membres de l'exécutif se sont affranchis de l'aspect contraignant de l'initiative. 

Pour le président de PRO VELO Suisse, Matthias Aebischer, il s’agit bien sûr d’accepter un compromis, mais l'émission du contre-projet reste une bonne nouvelle: «Cela montre que le Conseil fédéral a la volonté d’encourager l’usage du cycle en Suisse. Et s’il apporte son soutien aux communes et aux cantons, c’est le signe qu’il réalise que le vélo est le véhicule du futur.» De son côté, le TCS s'est dit favorable au contre-projet et constituera ainsi un soutien de taille à PRO VELO lors des débats parlementaires.

Activistes méfiants

L’annonce de l’alliance cycle-voiture au parlement semble être une condition sine qua non pour que PRO VELO atteigne ses objectifs. Toutefois, elle divise les activistes du cycle. A Genève, pour Frédéric Favre, président de l’association Roue Libre, c’est une question de principe: «Si le TCS se rapproche de PRO VELO en échange d’un compromis, il n’y a pas d’inconvénient majeur. Il faut être pragmatique et trouver des solutions aux problèmes. Mais si c’est PRO VELO qui se rapproche du TCS, elle perd toute légitimité et risque fortement de se faire écraser.»

Thibault Schneeberger, cosecrétaire de l’association Actif-trafiC, qui milite pour une réduction du trafic motorisé, demeure, quant à lui, méfiant face à cette information. «A Genève, lorsqu’on demande à supprimer des places de parc pour aménager une piste cyclable, le TCS s’y oppose presque systématiquement. Souvent, si les projets pour améliorer la pratique du vélo en ville ont de la peine à voir le jour dans notre canton, c’est à cause du TCS», explique-t-il. «C’est à mon sens dommage d’affaiblir encore un texte déjà peu contraignant. On a besoin que la Confédération contraigne davantage les cantons pour établir des aménagements cyclables sécurisés sur l’ensemble du territoire.»

Une cause commune

Matthias Aebischer voit ce rapprochement sous un autre œil: «Notre but est que le nombre de cyclistes augmente en Suisse. Je le répète souvent, mais plus il y aura de cyclistes moins il y aura d’embouteillages. Notre combat est donc aussi bénéfique aux automobilistes. C’est pourquoi nous avons entamé des discussions avec le TCS».

Le président tient également à préciser sa position: «Je ne suis pas réfractaire aux voitures. Je viens de la campagne. Et contrairement à la ville où chacun pourrait se passer de l’automobile, les moyens motorisés y sont nécessaires.»

Du côté des sections de l’association, Zoé Dardel, présidente de la branche lausannoise de PRO VELO, n’est pas étonnée par cette collaboration: «On observe un changement dans la politique du TCS. Il faut croire qu’ils ont senti que le vent tournait en matière en mobilité.» Elle considère aussi cette union comme un retour aux sources:

«Il ne faut pas oublier que le TCS a été créé par des cyclistes genevois.» Pour elle, ce rapprochement est le signe que les vélos commencent à être acceptés comme mode de transport à part entière au même titre que les voitures. Les décisions de supprimer 140 places de parc entre le Jardin botanique et le Vengeron à Genève et de rendre le parking payant entre 12 et 14 heures à Lausanne apportent de l’eau au moulin des adeptes du vélo en ville.

Mener une «vélorution»

L’intérêt du TCS pour la cause cycliste ne date pas d’hier. Depuis 2008, à travers sa dénommée Académie de la mobilité, le club étudie les évolutions de la société dans le domaine de la mobilité. En 2015, cette cellule de réflexion a créé la plateforme Carvelo2go, un réseau public pour le partage de vélos-cargos électriques – des bicyclettes au cadre allongé qui permettent le transport de marchandises –, actif aujourd’hui dans dix-sept villes de Suisse et fonctionnant sur le même principe que le système des voitures Mobility.

En Suisse romande, pour l’heure, seule la ville de Vevey offre la possibilité d’utiliser ce mode de transport partagé. Mais dès le 22 septembre, il sera également possible d’en profiter à Lausanne.

Militant pour l’usage du vélo et fervent usager des vélos-cargos, Adrien Colin aime dire qu’il mène une «vélorution», soit «un mouvement dont le but militant est d’humaniser l’espace public à travers l’usage de modes de transport doux et joyeux, comme le vélo».

Le succès que remporte la plateforme Carvelo2go, qu’il utilise, est pour lui le signe que la «vélorution» s’opère. Et l’union du TCS et de PRO VELO sous la Coupole, qu’en pense-t-il? «C’est une solution que j’accepte, faute de mieux dans l’immédiat. Le fait de se servir des structures existantes pour faire changer les choses est sans doute une forme de militantisme contemporain à ne pas négliger.»

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