«Le comité directeur a pris note du fait qu'il n'y a pas de problème entre Madame Wenger et Monsieur Heller, sauf quelques divergences d'opinion». D'un revers de la main, le très pragmatique Franz Steinegger a écarté hier après-midi toutes les rumeurs de divorce entre la directrice générale et le directeur artistique, dont faisait état le même jour les quotidiens Le Matin et Tages-Anzeiger.

Pas de nuage

Aux côtés du président du comité directeur, Nelly Wenger et Martin Heller répètent leurs gestes de complicité: lui constamment à son oreille pour lui traduire les interventions, elle lui glissant des petites notes sous les yeux. Manifestement, aucun nuage ne vient troubler l'entente. A l'interne, on confie que les deux directeurs s'accordent mal sur les priorités à établir dans cette période cruciale où l'Expo devrait enfin prendre forme au bord des Trois-Lacs. Mais, au contraire de la première équipe dirigeante, le contact n'a jamais été rompu entre Martin Heller et Nelly Wenger. Rien d'alarmant pour Franz Steinegger, qui y voit moins une querelle de personne qu'un conflit entre les intérêts techniques et artistiques: «Dans cette période de concrétisation, si Nelly Wenger n'avait pas des divergences d'opinion avec les directeurs, je la renverrais». L'intéressée rassure: «Les lunes de miel ont un début et une fin. La situation a changé. Nous ne sommes pas toujours d'accord. Mais il ne s'est jamais trouvé un problème pour lequel nous n'avons pas trouvé une solution commune». L'harmonisation du contenu et du contenant serait plus facile si l'argent affluait. Mais les derniers millions sont difficiles à trouver. Pour une expo optimale, il faudrait 70 à 100 millions supplémentaires. Mais Martin Heller se contenterait aujourd'hui de 40 projets. Selon le comité, 36 projets sont actuellement assurés de trouver un financement. Trois «task forces» sont mises en place pour grappiller les millions: la première s'adresse aux entreprises romandes, la deuxième aux entreprises de l'énergie, la troisième aux assurances et caisses maladie.

Le souci principal du comité directeur n'est peut-être pas étranger aux «divergences» des directeurs: une fois de plus, il est apparu que l'Expo est confrontée à un dépassement budgétaire. L'entreprise générale Batigroup, chargée notamment de construire les plates-formes, présente un surcoût qui, selon nos informations, serait quelque peu inférieur à 10 millions de francs. Ce surcoût est engendré par des avenants sur le contrat de juin 1999 passé avec l'entreprise, mais également par des charges qui n'ont pas apparu dans le budget stabilisé de 1,4 milliard.

«Fautes» coûteuses

Enfin, Franz Steinegger parle de «fautes» coûteuses dont l'entreprise Batigroup serait tenue pour responsable, sans en dire plus. Parmi celles-ci, les fameux pieux des arteplages de Neuchâtel mal soudés. A ce propos, Franz Steinegger a affirmé que l'Expo ne transigera pas sur la sécurité. Les partenaires concernés par les défauts décelés sur les pieux se réuniront pour définir s'il faut remplacer les pieux actuels. Y aura-t-il des suites juridiques à l'affaire? «Pas pour le moment, répond le vice-directeur Pierre Dubois. Mais nous ne l'excluons pas si l'entreprise ne reconnaît pas sa responsabilité».

Le conflit entre Batigroup et l'Expo n'est donc pas fini. L'incertitude financière autour des plates-formes retardent encore les travaux. Cet été, les chalands de chantier étaient au repos forcé. Les travaux de Bienne devraient commencer la semaine prochaine. Ceux d'Yverdon et de Morat cet automne. Mais pour Franz Steinegger, «à deux semaines près, on tient les délais». Reste qu'il exige que la situation se débloque rapidement: d'ici la mi-septembre, la direction générale devra étudier les conséquences du dépassement budgétaire sur l'ensemble du projet. Fin septembre, les entreprises devront être au clair. Encore une source de «divergences» entre directeurs.