Après les récents sauvetages du Servette FC (football) et de Genève-Servette (hockey), la construction d’un pont au-dessus de l’Arve, celle d’un campus aux Charmilles pour la Haute Ecole d’art et de design (HEAD), celle, à venir, de la Cité de la musique, pour ne citer que les actions les plus connues, la Fondation Hans Wilsdorf, propriétaire des montres Rolex et Tudor, a racheté la salle Le Plaza. L’annonce constitue une surprise: les autorisations de détruire ce cinéma étaient en force. Un parking sous-terrain de cinq niveaux, 60 logements pour étudiants et des commerces devaient le remplacer. Il n’en sera rien. La bienfaitrice de Genève va rénover les lieux et les mettra à la disposition notamment des multiples festivals qui ponctuent l’année.

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Complexe architectural

Le nom du Plaza est ancré dans la mémoire affective des Genevois: son immense écran, ses 1250 sièges rouges et profonds en ont longtemps fait un lieu de projection chéri. Comme le cinéma ABC, aux dimensions comparables, Le Plaza avait fermé ses portes il y a une vingtaine d’années. Il avait été le plus grand cinéma de Genève. Depuis, plusieurs conseillers d’Etat s’étaient ingéniés à faire classer le bâtiment, afin d’obliger la société propriétaire, Mont-Blanc Centre SA (MBC), à assumer une remise en état à grands frais. Le Plaza est en effet inséré dans un complexe architectural d’intérêt, construit en 1952 par Marc-Joseph Saugey. Des bureaux et des commerces entourent le cinéma. Toutes les voies légales ont été épuisées en vue d’une protection patrimoniale de la salle, qui n’est jamais venue. La tactique a eu pour effet de bloquer la situation. «Il y avait trop d’inconnues pour que des acheteurs potentiels soient prêts à investir», confirme Me Daniel Peregrina, avocat de MBC.

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En changeant de stratégie, le conseiller d’Etat chargé du Département du territoire, Antonio Hodgers, s’est mis à dos plusieurs acteurs culturels constitués en association qui avaient entrepris des actions en justice pour obtenir, en vain, le classement de la salle. Le Vert a en effet choisi de laisser la voie juridique se poursuivre en octroyant les autorisations de démolir et de construire. «En respectant le droit, il a créé la situation qui a permis de trouver des acheteurs», reprend Me Daniel Peregrina. «C’est la fin d’une campagne assez désagréable qui a été orchestrée contre moi», dit l’élu, qui a joué les marieurs dans cette affaire.

Producteur de «La Cage aux folles»

En janvier dernier, la Fondation Hans Wilsdorf a en effet approché la famille Danon, détentrice de l’intégralité des parts de MBC. Marcello, le patriarche italien, producteur de cinéma – c’est à lui que l’on doit La Cage aux folles – avait acquis les immeubles en 1991. La transaction s’est conclue mercredi matin: les actions de MBC ont changé de mains. La fondation se retrouve en possession non seulement de la salle mais aussi des immeubles sis aux adresses 1-3 rue du Cendrier et 19-21 rue de Chantepoulet. La Tribune de Genève, à laquelle la fondation a confirmé être «l’acheteur» évoqué par le communiqué annonçant la transaction, rappelle que les personnes qui s’étaient mobilisées il y a quatre ans afin de racheter Le Plaza visaient une somme de 100 millions de francs. La famille Danon disposait de deux offres, glisse son conseil qui assure qu’elle a préféré renoncer à «quelques millions de plus» pour favoriser le projet Wilsdorf.

Les loyers des bureaux et des commerces alimenteront une fondation à but non lucratif, à créer, qui gérera Le Plaza. Jean-Pierre Greff, actuel directeur de la HEAD, en sera le président. La salle elle-même demande à être rénovée et améliorée: la construction d’une scène rétractable est envisagée afin de pouvoir y tenir des cérémonies. Une dizaine de millions supplémentaires sera nécessaire, au bas mot.

«C’est une excellente nouvelle, a réagi Sami Kanaan, ministre de la Culture en ville de Genève. La mise à disposition d’une salle polyvalente pour les festivals mais aussi pour les acteurs culturels, universitaires et de la Genève internationale répond à un réel besoin. Nous ne pouvons qu’être reconnaissants envers la Fondation Hans Wilsdorf, qui était la seule capable de faire cela à Genève.»