«Cherche directeur, désespérément.» Ce n'est pas le titre d'une nouvelle production hollywoodienne, mais le problème auquel est désormais confrontée la fondation de valorisation de la Banque Cantonale de Genève (BCGe). En effet, comme l'annonçait la Tribune de Genève samedi, la personne pressentie pour en occuper le poste de directeur, Bernard Verdier, a jeté l'éponge avant même d'avoir signé un quelconque contrat.

Directeur démissionnaire du département commercial de l'UBS, Bernard Verdier ne laisse planer aucun doute: «Le recours au Tribunal fédéral (TF) contre la loi sur la BCGe assortie d'une clause d'urgence votée par le Grand Conseil m'a déstabilisé. N'importe quel avocat défendant des débiteurs douteux pourra toujours invoquer le fait que le recours n'est toujours pas purgé.» Selon cet ancien responsable des recouvrements à la SBS, son refus n'a rien à voir avec l'éventuelle découverte de dossiers scabreux. Ce qui étonne toutefois, c'est que le recours était connu de tous.

Bernard Verdier reconnaît cependant avoir dû prendre position en 24 heures. Cela étant, dans les milieux bancaires, tout le monde reconnaît ses compétences. Le député socialiste Alberto Velasco n'est pas totalement surpris par ce revirement. «La fondation est une entreprise risquée. De nombreux actifs difficiles doivent être réalisés avec des bénéfices. Pour un homme d'affaires qui a réussi, c'est une entreprise périlleuse.» Et le socialiste d'émettre une hypothèse: «Ayant peut-être perçu non seulement la pointe, mais l'iceberg dans son entier, Bernard Verdier s'est rendu compte qu'il avait d'autres chats à fouetter dans sa vie.» Un fin connaisseur du domaine bancaire pense qu'en homme intègre, Bernard Verdier n'a pas voulu se lancer dans des affaires finalement «plus compromettantes que prévu». En outre, la question du salaire ne serait pas pertinente. Certains parlent d'une rémunération annuelle entre 400 000 et 500 000 francs.

Quant à l'argument invoqué par Bernard Verdier, selon lequel le recours au TF pourrait paralyser la fondation de valorisation, l'avocat genevois Bernard Ziegler n'y croit pas. «A cet égard, il y a une grande confusion. L'avocat d'un débiteur douteux ne peut aucunement contester une décision sur le fond. Le recours ne concerne que le droit de vote. L'obstacle qui pourrait freiner la fondation est d'ordre politique, si le TF accepte le recours.» L'avocat d'un débiteur de la BCGe exclut toute attaque d'une décision sur la base du recours au Tribunal fédéral, estimant qu'il est plus judicieux de s'atteler au fond et de dialoguer avec la fondation.

Quoi qu'il en soit, certains voient dans le poste de directeur de la fondation un véritable «défi». Aujourd'hui, on peut cependant se demander ce qui a vraiment dissuadé un homme d'affaires qui n'a pas eu froid aux yeux jusqu'ici de ne pas le relever.