Le Fonds de compensation AVS subit lui aussi le contrecoup de la crise boursière. A fin septembre, les placements - qui constituent la troisième source de revenu après les cotisations et certains impôts (TVA, maisons de jeu) - affichaient en effet un recul de 9,2% depuis le 1er janvier, confirme le président du fonds, Marco Netzer. Ce pourcentage s'avère certainement plus élevé aujourd'hui, étant donné l'effondrement des marchés survenu le 1er octobre. Selon les calculs effectués par la NZZ am Sonntag, la perte de valeur s'élèverait ainsi à quelque 2,5 milliards de francs pour les réserves de l'AVS, qui atteignaient 27 milliards au début de cette année. Un chiffre que les responsables du fonds refusent toutefois de confirmer.

Pas la première fois

Quelles conséquences pour nos retraites? Marco Netzer et le gestionnaire du Fonds de compensation, Eric Breval, restent confiants. «Nous effectuons des placements en actions depuis dix ans (ndlr: date de l'entrée en vigueur de la 10e révision de l'AVS), note Eric Breval. Et entre 2003 et 2007, nous avons généré une plus-value de 6,2 milliards de francs.» Cela grâce à un portefeuille diversifié d'actions, d'obligations, d'immobilier et de matières premières. Quelle est la part des actions dans le portefeuille? Là encore, les responsables du fonds ne se prononcent pas.

Faut-il, au vu de ces nouvelles pertes de valeur, songer à réduire les risques liés aux placements? Selon Eric Breval, il n'y a aucune raison de revoir la stratégie du fonds, «orientée sur le long terme»: «On peut se permettre de traverser des périodes difficiles.» Un avis que partage Yves Rossier, le directeur de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS). «Le fonds est une réserve qui se remplit durant les bonnes années afin d'amortir les années difficiles», note le haut fonctionnaire. Si l'ampleur de la crise bancaire est inhabituelle, ce n'est pas la première fois que le fonds de compensation pâtit de l'évolution négative des marchés internationaux. Entre 1997 et 2002, ce dernier avait ainsi perdu quelque 2 milliards de francs sur ses placements en actions, qui constituaient alors 19% du portefeuille.

Avertissement aux initiants

Ce nouveau recul risque-t-il d'influer sur l'initiative des syndicats «Pour un âge de la retraite flexible» mise en votation le 30 novembre? Ce texte, pour mémoire, réclame une retraite flexible dès 62 ans sans perte financière pour les revenus jusqu'à 120000 francs. Selon les initiants, il engendrerait des coûts supplémentaires de 800 millions de francs pour l'assurance. Pour les opposants, par contre, ceux-ci atteindraient 1,5 milliard par an.

De toute évidence, note Yves Rossier, «puiser dans le fonds en période de bonne conjoncture, sous prétexte que les caisses sont pleines, c'est risquer que le fonds ne puisse plus jouer son rôle de réserve et donc mettre l'AVS en danger, particulièrement lorsque des nuages pointent à l'horizon». Un avertissement, en somme, directement lié à l'initiative.

De son côté, la gauche, qui soutient ce texte, se montre pragmatique quant au recul de 9,2% des placements du fonds. «L'AVS est saine», assure le président du PS, Christian Levrat. «Les pertes liées à l'évolution des marchés boursiers représentent une toute petite partie de celles que l'on enregistre dans les systèmes des caisses de pension.» «Il n'y a pas à dramatiser», renchérit le conseiller national Stéphane Rossini (PS/VS), selon lequel «la vraie question qui se pose est celle de l'équilibre entre le premier et le deuxième pilier.»

Un comité favorable à l'initiative, composé du PS, des Verts, du Parti évangélique et du Parti chrétien-social, a d'ailleurs présenté lundi les arguments en faveur de ce texte. Pour le comité, la retraite anticipée reste aujourd'hui un privilège réservé aux hauts salaires. L'initiative apporterait, selon lui, une solution adéquate à ce problème, ainsi qu'au chômage de longue durée qui frappe nombre de sexagénaires. Les opposants ont rétorqué que les rentes complètes demandées pour la retraite anticipée à 62 ans toucheraient près de 90 pour cent de la population.