«Il est des situations où la menace de sanction s'avère plus efficace que les sanctions elles-mêmes», glissait en apparté Alan Hevesi, le trésorier de la ville de New York. Visiblement, l'épée de Damoclès brandie depuis plus de trois mois par les responsables financiers américains contre les banques suisses a porté ses fruits, partiellement du moins.

Le Crédit Suisse, l'UBS et la SBS se sont en effet engagé formellement jeudi à négocier l'établissement d'un accord global qui permettrait de régler les plaintes collectives déposées contre elles à New York, par des survivants ou des héritiers de survivants de l'Holocauste.

Le montant d'un tel accord n'a pas été discuté. Les négociations sur les sommes devraient commencer incessamment. «Ceci est une percée importante», a souligné le sous-secrétaire d'Etat américain au commerce, Stuart Eizenstat lors des auditions jeudi à New York des trésoriers des Etats et villes américains. Il a précisé qu'il ne s'agit pas du règlement global que le CJM souhaitait, mais le directeur exécutif de cette organisation, Elan Steinberg, s'en est néanmoins dit satifait.

En fin de journée, aucune décision n'avait été encore prise sur la suite à donner au moratoire sur les sanctions contre les banques suisses qui court jusqu'au 31 mars. Mais il paraissait probable qu'il soit prolongé de plusieurs semaines, voire de quelques mois, même si Stuart Eizenstat préférerait que l'on n'impose pas d'ultimatum aux banques helvétiques. Les directeurs méaricains des banques n'ont fait aucune déclarations, se contentant de redire leur opposition à toute forme de sanction.

Dès son arrivée jeudi matin, Israël Singer, le secrétaire général du CJM (Congrès juif mondial) s'était déclaré optimiste et convaincu de la bonne volonté affichée par les banques, cellesci ayant laissé entendre après d'âpres négociations qui se sont prolongées tard dans la nuit de mercredi à jeudi qu'elles s'engageraient formellement sur le principe d'un arrangement global avec les plaignants et le CJM pour mette un terme aux poursuites judiciaires («class action», plaintes collectives) engagées contre elles aux Etats-Unis.

La BNS à la caisse

Alors que les rumeurs sur la conclusion prochaine d'un accord se sont multipliées ces derniers jours en Suisse et aux Etats-Unis, la définition de «global» a été à nouveau sujette à de multiples et contradictoires interprétations jeudi. Cette journée d'audition, tenue à huis clos, s'est déroulée dans une ambiance de spéculation, suputations et contre-déclarations, toutes parties d'un jeu de pression réciproque qui s'est intensifié à l'approche de cette date butoire du 26 mars. Les avocats des plaingnants, Michael Hausfeld et Melvyn Weiss, n'excluaient plus une participation financière de la Banque nationale suisse (BNS) voire même de la Confédération. Ces déclarations ont semé une certaine confusion sur l'étendue de l'accord et le nombre de ses signataires. «Il ne s'agit pas que de fonds en déshérence, mais de biens spoliés, d'art volé, d'or nazi et du fruit du travail forcé», justifiait Mel Weiss. Le CJM pour sa part n'excluait pas que les compagnies d'assurance s'assoient elles aussi à la table des négociations. Alors que Stuart Eizenstat déclarait en réponse à une question que la porte était «ouverte à d'autres pour qu'ils se joignent à l'effort des banques». Pas sûr cependant que ces nouvelles revendications ne clarifient ni n'accélèrent le débat en cours. Au contraire, le Conseil fédéral ne cesse d'affirmer que pas une seul centime du contribuable ne sortira de Suisse pour un tel fonds de compensation.

Quant aux banques, elles ont maintes fois répété leur intention de ne pas payer pour des faits qu'on ne peut leur reprocher.