L'affaire Marcos finira-t-elle un jour? Quinze ans après le renversement de leur ancien dictateur, les Philippines sont toujours à la recherche de la fortune amassée illégalement durant son long règne. La Suisse a déjà restitué au gouvernement philippin plus d'un milliard de francs, mais ce dernier pense qu'il existe un trésor caché que la justice n'aurait pas encore réussi à retrouver. Mercredi, les Philippines ont transmis une nouvelle demande d'entraide judiciaire à la Suisse afin de rechercher et faire bloquer les comptes que la fille de Ferdinand Marcos, Irène Araneta, pourrait encore avoir dans les banques helvétiques.

Rebondissement

Car l'affaire vient de rebondir, en Allemagne cette fois. La semaine dernière, le Parquet de Düsseldorf annonçait avoir ouvert une enquête pour blanchiment contre une femme qui s'était présentée dans une succursale de la Deutsche Bank dans cette ville. Munie de papiers d'identité au nom d'Irène Araneta, elle a fait ouvrir cinq comptes, mais l'argent promis n'a jamais été versé et la banque a fini par clôturer les comptes.

D'où devait venir l'argent? Un homme prétend le savoir: David Chaikin, un avocat australien qui se consacre depuis des années à la quête de la fortune cachée du clan Marcos. S'appuyant sur des documents en sa possession et publiés sur Internet, il affirme que la fille de Ferdinand Marcos a demandé, par l'intermédiaire de son avocat, le transfert d'importantes sommes d'argent de UBS de Lugano à la Deutsche Bank. Dans une lettre, Irène Araneta demande ainsi à UBS de «fermer tous mes comptes». Or, UBS a toujours nié avoir maintenu des relations d'affaires avec la famille Marcos depuis la chute du dictateur. Conclusion de David Chaikin: UBS ment.

La justice zurichoise, qui s'occupe depuis le début des enquêtes relatives aux avoirs de Marcos, devra rapidement trancher entre ces deux versions contradictoires. «Nous allons demander à la banque si elle a connaissance de ces documents», explique le procureur zurichois Dieter Jann. L'Office fédéral de la police a de son côté entamé l'examen formel de la recevabilité de la demande philippine.

Aucune trace

D'énormes incertitudes demeurent concernant la validité des accusations portées contre UBS. La Commission fédérale des banques a en effet déjà cherché des comptes appartenant à Irène Araneta à UBS, sans en trouver aucune trace. Un procès aux Etats-Unis n'a pas permis d'accorder plus de crédit à la théorie faisant état de fonds cachés de Ferdinand Marcos dans des banques suisses. Les autorités allemandes, qui disposent d'enregistrements vidéo filmés à Düsseldorf, n'ont même pas voulu confirmer que la femme qui s'est présentée au mois de février à la Deutsche Bank est vraiment Irène Araneta. L'identité de cette personne fait encore l'objet d'investigations de la police. Enfin, la valeur des lettres mettant en cause UBS est sujette à caution: personne ne veut confirmer leur authenticité et de faux documents ont déjà été produits lors du procès américain concernant les avoirs suisses de Ferdinand Marcos.

Pour l'ambassadeur des Philippines à Berne, Rora Talentino, la demande d'entraide judiciaire vaut cependant la peine d'être faite: «S'il reste de l'argent, il faut le retrouver, car il appartient en réalité au peuple philippin.»