La société luganaise Mercata, impliquée dans l'enquête en blanchiment visant notamment l'ex-intendant du Kremlin Pavel Borodine, peut désormais disposer de l'entier de ses avoirs, soit quelque 100 millions de francs. La Chambre d'accusation genevoise vient en effet d'ordonner la levée des saisies pénales dans la procédure concernant la transformation de l'avion présidentiel russe, en soulignant à nouveau que l'origine criminelle de ces fonds a bien peu de chance d'être un jour établie.

Cette décision ne constitue pas une surprise. Il y a deux mois, une première ordonnance relative aux saisies ordonnées dans le cadre des contrats de réfection du Kremlin aboutissait à des conclusions identiques (LT du 15 décembre). En substance, la Chambre d'accusation estime que le cheminement des fonds peut être qualifié d'insolite et propre à asseoir le soupçon de blanchiment mais que le dossier ne comporte aucun élément démontrant qu'un crime de corruption ou de gestion déloyale des deniers publics a bien été commis en Russie. En réponse aux commissions rogatoires envoyées par le juge d'instruction genevois, les magistrats moscovites ont jusqu'ici répondu n'avoir trouvé trace d'aucune infraction. «Rien ne laisse à penser que, nanties des faits en relation avec le volet de l'avion présidentiel, la réponse des autorités russes sera différente», relève la Chambre. Et de conclure que Genève ne peut escompter obtenir un jugement rendu en Russie qui fonderait un jour ici une décision de confiscation.

Deux millions de dollars

Selon le rapport de police versé au dossier, Pavel Borodine aurait touché quelque 2 millions de dollars dans l'affaire de l'avion. Incarcéré aux Etats-Unis à la demande de la justice genevoise, l'ex-intendant prépare actuellement une nouvelle requête de mise en liberté. Le bien-fondé d'une extradition vers la Suisse, à laquelle il s'oppose, sera examiné après Pâques par le tribunal new-yorkais.