Enfants placés

Le fonds de solidarité est en panne de victimes

Près de 2500 victimes de placement forcé ont fait valoir leur droit à une contribution pour le tort subi. C’est beaucoup moins que prévu

Les victimes d’un placement forcé ne se bousculent pas au portillon pour bénéficier d’un soutien financier. L’Office fédéral de la justice (OFJ) a annoncé jeudi avoir enregistré 2536 demandes depuis le 1er décembre 2016. Il avait tablé sur un nombre nettement supérieur, car il estime qu’entre 12 000 et 15 000 personnes sont concernées. Elles peuvent encore déposer un dossier jusqu’en mars 2018.

On se souvient des témoignages émouvants de Suisses racontant leur enfance dans un orphelinat ou chez un paysan. Les mauvais traitements, les abus sexuels, la séparation d’avec leurs proches, les durs labeurs. On se souvient des premières excuses officielles. Puis d’une initiative lancée pour demander davantage et de son succès. Ainsi a été créé un fonds fédéral doté de 300 millions de francs pour verser des contributions de solidarité aux victimes d’une pratique, appelée mesure de coercition à des fins d’assistance, qui a perduré jusqu’au début des années 1980 et est longtemps restée un tabou.

Pudeur ou méfiance

Comment expliquer ce premier bilan en demi-teinte? Vice-directeur de l’OFJ, Luzius Mader avance plusieurs raisons. Certaines personnes n’ont pas connaissance de l’existence de ce fonds ou pensent ne pas y avoir droit, d’autres ne veulent pas remuer le passé. Il évoque également la pudeur, qui retient des gens, surtout vis-à-vis de leur famille. Des réactions sont plus négatives: le formulaire à remplir serait trop compliqué, le montant maximal de 25 000 francs est parfois considéré comme une moquerie comparé aux torts subis. D’anciennes victimes craignent de ne pas posséder suffisamment de pièces justificatives. Il y a également de la méfiance vis-à-vis de l’Etat, qui n’a pas su les protéger et a mis du temps à reconnaître ses manquements.

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Des concernés résument les sentiments des victimes. Ils évoquent le temps qui passe, cet argent qui ne sera versé que dans une année lorsque toutes les demandes auront été enregistrées, les difficultés pour retrouver des archives les concernant. Pendant sa jeunesse, une Romande a dû travailler sans être payée. «Et on veut me donner quatre mois du salaire d’un manœuvre?», s’insurge-t-elle.

Luzius Mader lance un vibrant appel. Il assure que la procédure se veut la plus simple et rapide possible. Que l’administration fait preuve d’une grande souplesse. «Nous espérons que de nombreuses victimes changent d’avis ces prochains mois, lance-t-il. Elles doivent comprendre qu’il ne s’agit pas d’une indemnisation mais d’un droit et de la reconnaissance d’une injustice.» Il indique également que si quelqu’un devait décéder durant la procédure, ses ayants droit recevront l’argent. Enfin, il conseille à ceux qui ne souhaitent pas recevoir cette contribution de déposer tout de même une demande et de faire un don.

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