Inscrire le droit au logement dans la Constitution, c'est bien joli. Mais encore faut-il se donner les moyens le faire respecter. Le rendre justiciable, selon le terme juridique. Anne-Laure Huber, qui se présente sur la liste «Socialiste pluraliste», en a fait l'un de ses chevaux de bataille: «Il faut que les personnes qui se retrouvent sans toit pour des raisons indépendantes de leur volonté puissent avoir la garantie que l'Etat les relogera.» Dans la charte du canton, il faudra donc ajouter que l'Etat est responsable financièrement si la mesure n'est pas mise en œuvre, affirme la candidate. Ce qui permettrait aux citoyens qui s'estiment lésés de saisir la justice.

Utopique? Pas du tout, assure l'avocate de 30 ans: en France, la loi sur le droit au logement opposable est entrée en vigueur en 2007. A Genève, ses partisans «ne sont pas naïfs», prévient la candidate. Dans un canton particulièrement frappé par la pénurie de logements, ils sont conscients que les immeubles ne pousseront pas d'un coup. Pas question, donc, de promettre un cinq pièces au centre-ville à chacun. «On ne peut pas garantir un logement agréable pour tout le monde.» Dès lors, Anne-Laure Huber concentre son combat sur le logement social, que «l'Etat prend trop de temps à construire». Au sein de la Constituante, elle fera pression: «Si le canton est menacé de devoir payer l'hôtel à chaque sans-logis, il sera incité à rénover plus vite les immeubles délabrés. Et à s'assurer que les logements sont attribués dans la transparence, et non en fonction des pistons de chacun. Cela redonnera confiance aux citoyens.»

Au sein de la Constituante, la méthode prêchée par Anne-Laure Huber ne fera pas l'unanimité: on soulignera qu'il est risqué de faire des promesses que l'Etat ne sera pas capable de tenir, puisque la pénurie ne se résorbera pas du jour au lendemain. On s'inquiétera également des critères, et des éventuels abus qui pourraient en découler. La droite fera par ailleurs valoir la supériorité du droit à la propriété, reconnu par la Constitution fédérale. Mais dans l'assemblée, tout le monde s'accordera à dire que le droit au logement est fondamental.