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Forces aériennes suisses: vol au-dessus d’un nid de questions

Pour remplacer les F/A-18 vieillissants, l’armée suisse a commencé à tester de nouveaux avions. Le mystère demeure quant au modèle qui l’emportera ou la manière dont la population pourrait être consultée sur la question

Ce vendredi marquait le début du show politico-médiatique «Air 2030» – la série d’essais du nouvel avion de combat des Forces aériennes suisses. Sur le tarmac de la base aérienne de Payerne, l’Eurofighter d’Airbus Allemagne a inauguré le premier épisode d’une série de cinq tests destinés à présenter au public les chasseurs des constructeurs en compétition pour remporter l’appel d’offres d’Armasuisse. Après Airbus – et dans l’ordre jusqu’au 25 juin – l’américain Boeing et son F/A-18 Super Hornet, le français Dassault avec le Rafale, l’autre américain Lockheed Martin et son F-35A, puis le suédois SAAB avec le Gripen E viendront percer le ciel broyard. 

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Beau comme un avion

La journée commence avec un peu de marketing politico-industriel dans la salle de théorie de l’aérodrome militaire de Payerne. Pour venir séduire la presse helvétique, quatre officiels allemands en costume-cravate et uniforme militaire ont été dépêchés en Suisse. Sous le slogan «Nous ne cherchons pas seulement un client, nous cherchons un partenaire», les représentants du ministre de la Défense, des Forces aériennes allemandes et d’Airbus expliquent longuement pourquoi leur avion est le plus à même de remplir les besoins de l’armée suisse. Une fois les discours terminés, les médias se déplacent sur le tarmac où, dans un bruit assourdissant et une bise mordante, quelques F/A-18 et les fameux Eurofighters transpercent les nuages. Sans expertise particulière, difficile de faire la différence entre un avion gris et un autre avion gris, toutefois la question est épineuse pour tout le monde: même l’avis des pilotes n’est que secondaire.

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«L’évaluation se fait avant tout à partir des mesures effectuées en vol», indique en effet Armasuisse. Lors de huit missions tests, dont une de nuit, des capteurs enregistreront une pléthore de données, qui seront ensuite analysées par une vingtaine de spécialistes. «Lors de cette première phase, les avions ne seront pas comparés entre eux, a indiqué ce lundi Christian Catrina, délégué de la cheffe du Département fédéral de la défense pour le projet d’achat des avions de combat. L’objectif n’est pas en effet de sélectionner le meilleur avion, précise le délégué, mais le meilleur pour la Suisse.» Capacité de l’engin à s’adapter à la taille réduite et à la géographie montagneuse du pays, durée de l’autonomie en vol ou encore synergies possibles avec des forces aériennes étrangères sont autant de facteurs à prendre en compte. Et évidemment, le prix.

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Le renouvellement des moyens de protection de l’espace aérien – système de défense sol-air compris – ne devrait en effet pas dépasser 8 milliards de francs pour un nombre d’avions qui reste indéterminé, 30 à 40 selon les dernières prévisions. A noter que la valeur contractuelle devra être compensée par la compagnie gagnante en mandats confiés à des entreprises helvétiques. Lesquelles? Le détail reste à déterminer. Toutefois la principale question sera politique. Après l’échec retentissant du Gripen dans les urnes en 2014, savoir si, ou comment, le gouvernement impliquera la volonté populaire lors de ce nouvel essai n’est pas encore clair. Alors que Guy Parmelin souhaitait regrouper système de défense sol-air et avion dans un paquet général et éviter de demander aux Suisses de se prononcer, sa successeure, Viola Amherd, aurait un autre avis. Le parlement a également appelé à ce que le peuple soit consulté.

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Un film à suspense

En fin de matinée, après avoir atterri, un Eurofighter est venu s’immobiliser près des médias. Jouée et rejouée par Hollywood, la scène s’est déroulée comme prévu: après avoir décroché leur ceinture, les deux pilotes se sont extirpés du cockpit avant de descendre une petite échelle acheminée par des employés de l’aéroport et de saluer la presse d’une main nonchalante. Puis, côte à côte, casque sous le bras, ils se sont éloignés en plaisantant en direction d’une halle du tarmac. Aux spécialistes et conseillers fédéraux de décider dans quelles machines ils rejoueront ces scènes d’anthologie dans le futur. Le Conseil fédéral pourrait faire ce choix d’ici à fin 2020. 

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