Après une polémique dont il se serait bien passé, le Conseil fédéral tente l’apaisement. Mercredi, il a finalement nommé Mauro Dell’Ambrogio à la tête du futur Secrétariat d’Etat à l’éducation, à la recherche et à l’innovation, qui remplacera, avec un périmètre élargi, l’actuelle administration, que dirige le Tessinois. Cette décision fait suite à la controverse née il y a deux semaines, lorsque les autres membres du gouvernement avaient dit leur réticence face au premier choix de Johann Schneider-Ammann: il proposait le poste à Roman Boutellier, vice-président de l’EPFZ et président du conseil d’administration de l’ancienne entreprise du chef de l’Economie.

Mercredi, Johann Schneider-Ammann, reconnaissant qu’il a dû faire le choix de nomination «le plus difficile» de sa carrière, s’est encore senti obligé de vanter les mérites de Roman Boutellier. Tout en assurant que Mauro Dell’Ambrogio s’impose comme la personne idéale: il connaît le domaine, et s’il est pour l’heure chargé du champ académique – EPF et aide aux universités –, il a naguère dirigé la Haute Ecole spécialisée (HES) du Tessin, ce qui lui confère la polyvalence nécessaire dans le paysage de la formation helvétique.

Au 1er janvier prochain, le Département de l’économie deviendra celui de l’économie, la formation et la recherche. Les services aujourd’hui situés à l’Intérieur, ceux de Mauro Dell’Ambrogio, seront déplacés dans ce ministère rebaptisé, et fusionné avec ceux qui régissent l’apprentissage et les HES, que dirige Ursula Renold. Elle était également en lice. Citant le fait qu’elle est «sans conteste la spécialiste de la formation professionnelle», Johann Schneider-Ammann laisse entendre qu’il souhaite le maintien d’Ursula Renold dans la future équipe dirigeante. Celle-ci ne s’exprimait pas mercredi. Selon nos informations, la liste finale comprenait également le chef de l’Office cantonal de la formation professionnelle et continue de Lucerne, Josef Widmer.

Dès le début de la recherche du candidat idéal, et plus encore durant la tourmente de ces derniers jours, le nom de la conseillère d’Etat fribourgeoise Isabelle Chassot a circulé dans la liste de papables. Elle indique avoir bien eu des discussions à ce sujet, tout en précisant: «Je n’ai pas fait acte de candidature.»

Au parlement, où Mauro Dell’Ambrogio ne jouit pas d’une folle popularité, le lobbying s’était organisé en faveur de la cheffe (PDC) de l’Instruction publique de Fribourg, pour l’essentiel chez les Romands. Président du PDC, Christophe Darbellay se dit convaincu que «Johann Schneider-Ammann aurait pu convaincre Isabelle Chassot, s’il l’avait vraiment voulu», au lieu de quoi il a foncé vers «un cafouillage à peu près total». Elle aussi militante en faveur d’Isabelle Chassot, la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD), qui siège dans la commission chargée de l’éducation aux Etats, s’interroge dans des termes proches: «Mauro Dell’Ambrogio n’était pas l’option privilégiée par le conseiller fédéral, sinon pourquoi est-il allé chercher Roman Boutellier? On peut se demander selon quels critères, finalement, il a choisi…»

Johann Schneider-Ammann s’est défendu d’opter pour le troisième choix – en incluant la conseillère d’Etat fribourgeoise –, indiquant que le collège avait eu «une autre lecture» de l’hypothèse Boutellier, et que Mauro Dell’Ambrogio représente «une bonne solution du point de vue politique».

Le collège joue donc sur la continuité pour calmer les esprits, tant l’articulation du nom de Roman Boutellier a semé la consternation parmi les scientifiques. Isabelle Chassot plaide pour une accalmie: «Le démarrage a eu des ratés. En vue de la mise en œuvre du Secrétariat d’Etat, nous avons perdu une certaine confiance de la part des milieux concernés. Il faut les rassurer.»

Afin d’y parvenir, le gouvernement parie sur un haut fonctionnaire plutôt qu’une personnalité de sensibilité plus politique. Cette primauté de l’administratif fait grincer quelques dents – «Mais est-ce vraiment la volonté du Conseil fédéral d’avoir un Secrétariat déjà puissant en soi, et de plus, dirigé par une personnalité forte?» souffle un connaisseur.

Dans les hautes écoles, le choix de Mauro Dell’Ambrogio est accueilli plutôt favorablement. Depuis son entrée en fonction au début 2008, cet ancien chef de la police tessinoise, entre autres activités précédentes, a surtout mis en avant le statut subsidiaire de la Confédération dans les affaires universitaires. S’impliquant plutôt dans le domaine international, il a ouvert une ère de relatif effacement de l’Etat fédéral dans le paysage national.

Président de la conférence nationale des recteurs, à la tête de l’Université de Bâle, Antonio Loprieno évoque «une excellente expérience avec lui. Mauro Dell’Ambrogio représente un équilibre, par son origine, et du fait qu’il connaît bien aussi les HES.» Ayant «un certain souci» pour leur autonomie, les recteurs ont «développé une sympathie pour l’approche» de l’actuel secrétaire d’Etat, dit encore le recteur bâlois.

A l’EPFL, Patrick Aebischer salue «un choix raisonnable et logique». Directeur général de la HES de Suisse occidentale et membre de la commission fédérale des HES, Marc-André Berclaz assure que les responsables de HES sont «heureux» qu’on «mette fin à une situation d’insécurité». A ses yeux, «comme personnalité de l’intérieur», Mauro Dell’Ambrogio «est préparé à une période de transition et de réorganisation qui sera difficile.» A tous points de vue.

«On peut se demander selon quels critères, finalement, Johann Schneider-Ammann a choisi…»