La filière demeure populaire, mais elle peine à sortir de ses difficultés. Les formations en journalisme dispensées dans les universités romandes traversent une mauvaise passe, en attendant que de nouveaux responsables parviennent à surmonter les conflits de personnes et d’institutions. Pourtant, la demande ne manque pas: à Fribourg, il y a deux semaines, l’Université indiquait aux étudiants concernés que la branche complémentaire «journalisme et médias» sera fermée «pour une période indéterminée de quelques années» (LT du 12.07.2012). Car la voie est victime de son succès, l’académie ne parvenant plus à faire face au nombre d’intéressés.

Bisbilles à Neuchâtel

A Genève, l’Institut des sciences de la communication, des médias et du journalisme, ICOM, annonce une centaine de candidats, pour 12 à 15 places dans la voie menant au diplôme avec mention «journalisme». A Neuchâtel, l’Académie du journalisme et des médias (AJM) revendique plus de 80 postulations pour une trentaine d’élus. Cette formation, mise en place par Vincent Kaufmann, professeur à Saint-Gall, ouverte en 2008 avec l’appui des principaux éditeurs et du Centre romand de formation (professionnelle) des journalistes, connaît pourtant une douloureuse phase de transition. Directrice depuis deux ans, Cinzia Dal Zotto a été démise de cette fonction. Un temps, les liens avec la profession s’étaient dégradés après la parution d’un rapport rédigé pour le compte de l’Office fédéral de la communication. Et les relations à la tête de l’AJM ne se sont pas améliorées, au point que Vincent Kaufmann, associé à la direction, a annoncé son départ en juin dernier. Jugeant que l’Université ne suivait pas son projet d’extension de la filière au niveau national, celui-ci déplore de «ne pas avoir reçu les garanties, de la part des autorités académiques, du maintien de la qualité des enseignements». Les nuages s’amoncellent, puisqu’une professeure de l’AJM – jusqu’ici, en termes de professeurs ordinaires, l’Académie ne compte que l’équivalent d’un poste et demi réparti entre deux personnes – partira en novembre.

En outre, les crispations à l’échelle régionale se sont accrues face à l’incapacité des pôles de Neuchâtel et de Genève de s’entendre sur un minimum de coordination, pour des formations qui demeurent fort spécialisées sur un si petit bassin. D’une université à l’autre, les animateurs des cursus ne cessent de rejeter la responsabilité de l’échec sur leurs homologues. Désigné comme coupable à Neuchâtel, Uli Windisch, longtemps aux commandes de l’ICOM genevois, se défend en assurant que «nous avons proposé plusieurs projets de coordination, afin d’offrir la meilleure formation pour l’ensemble de la Suisse romande. Neuchâtel n’a pas voulu.»

Renouveau attendu

Avec des renouvellements parmi les patrons des filières, la situation s’améliorera-t-elle? Directeur de l’AJM par intérim, Claude Jeanrenaud, professeur en économie théoriquement à l’âge de la retraite, veut le croire: «Il y aura moyen de prendre des décisions stratégiques», au niveau des deux rectorats et des responsables, dès que celui de Neuchâtel sera nommé. A Genève, venu notamment d’Aix-Marseille Université, Patrick-Yves Badillo entrera en fonction début août. L’un des deux représentants de la branche au conseil de l’AJM, Daniel Pillard, de Ringier, attend un renouveau: après une période «un peu chaotique», «les difficultés actuelles permettent de prendre de la hauteur, et de sortir des querelles clochemerlesques», assure-t-il. Un espoir pour les étudiants.