La démission de Kaspar Villiger est planifiée pour la fin de cette législature. Son porte-parole Dieter Leutwyler le confirme: «Sauf problème de santé imprévu dans l'intervalle, il démissionnera bien en décembre 2003.» Quant à Ruth Dreifuss, elle fait savoir à qui veut l'entendre que l'âge officiel de la retraite serait un bon moment pour quitter ses fonctions. Or la ministre de l'Intérieur aura 63 ans en janvier 2003. En d'autres termes, la prochaine vacance au Conseil fédéral est d'ores et déjà programmée, ainsi que, avec elle, immanquablement, le prochain grand débat sur la concordance et la formule magique.

Une bonne occasion de se demander où en est la concordance helvétique maintenant que Samuel Schmid a pris ses fonctions et que les vagues entourant la succession Ogi se sont aplanies. Est-ce que les partis au pouvoir veulent encore changer de système, comme ils l'ont tous affirmé à un moment ou à un autre?

«Crise profonde»

C'est le président du PDC, Adalbert Durrer, qui avait contribué à relancer la discussion en mars 2000, lors de la réunion de son parti à Romanshorn. «Le système de concordance se trouve dans une crise profonde», avait-il diagnostiqué. Quelques mois plus tôt, on avait entendu le secrétaire général d'alors du Parti radical, Johannes Matyassy, affirmer que, après le départ d'Adolf Ogi, on pourrait discuter sérieusement d'un gouvernement sans socialistes ou sans UDC. Un peu plus tard, il affirmait dans le Bund que «de nombreux radicaux [pourraient] très bien s'imaginer à l'avenir un Conseil fédéral sans PS». Au sein de l'UDC, la remise en cause de la formule magique remonte même à 1999, juste après la victoire du parti aux élections. A cette époque, Ueli Maurer, son président, plaidait ouvertement pour une meilleure représentation des siens au gouvernement. Enfin tout le monde se souvient de la manœuvre socialiste visant, l'automne dernier, a bouté hors du Conseil fédéral le seul représentant agrarien.

Deux mois après l'élection de Samuel Schmid, les choses ont bien changé: la remise en cause de la formule magique ne fait plus du tout recette. Ueli Maurer affirme que, «pour nous, ce n'est pas un thème d'actualité». A ses yeux, il ne sert à rien «de discuter à l'avance» de la formule magique, car il ne faut pas oublier que le corps électoral qui choisit un nouveau conseiller fédéral est composé de 246 individualistes, ce qui rend l'issue du scrutin imprévisible. «Le sujet ne méritera un débat de fond que si, lors des prochaines élections en automne 2003, un déplacement important de voix se produit à nouveau. Il ne se passera rien avant.»

Du côté des radicaux aussi, on affirme aujourd'hui que le thème est secondaire. «Rien dans la situation présente n'appelle à des changements», signale Guido Schommer, le secrétaire général du PRD. Selon lui, le système de concordance a fait ses preuves. Sans compter que, pour son parti, la meilleure solution pour imposer ses vues est de former des coalitions de circonstance, tantôt à droite et tantôt à gauche.

«Non, la formule magique n'est pas un thème d'actualité», déclare également Reto Gamma, le secrétaire général du Parti socialiste suisse. Tout au plus s'intéressera-t-on quand même à la question lors d'une retraite du groupe parlementaire planifiée au printemps, durant laquelle «nous voulons faire le point, de manière critique, sur la position que nous défendons». Il est notamment prévu d'aborder le système de gouvernement et la formule magique. «Il ne s'agit pas de remettre en question la formule magique, affirme Reto Gamma, mais de se demander ce que le maintien de cette formule signifie pour le travail du parti au quotidien.»

«Du concret»

Il existe tout de même un parti qui manifeste son intention de poursuivre le débat: le PDC. Son secrétaire général, Hilmar Gernet, dit que «c'est un thème que nous voulons approfondir dans le courant de cette année». Selon lui, la discussion autour de la concordance devrait même être un des points forts du parti: «Nous avons l'intention d'organiser un événement autour de ce sujet, qui ne devra pas se limiter à un exercice académique; il faut qu'il en sorte quelque chose de concret.» Alors que les partis du centre ne cessent de perdre de leur influence depuis 25 ans, la question revêt une importance certaine pour le PDC: «Comment renverser cette tendance à l'érosion», s'interroge Hilmar Gernet.

Dans le camp des politologues, on ne prend pas très au sérieux les efforts des démocrates-chrétiens. «Le PDC doit bien entreprendre quelque chose puisqu'il perd des voix depuis des années», déclare Hans Hirter, politologue de l'Université de Berne. Une thèse reprise par son collègue de l'Université de Constance, Leonhard Neidhart: «Il est difficile de prendre au sérieux le débat du PDC. Ce parti vit de la concordance! C'est le dernier des partis qui pourraient s'en passer.»

Franz Steinegger, président des radicaux pour quelques mois encore, a déclaré un jour que le débat sur la concordance était «un débat politique bon pour la casse». Il n'avait manifestement pas tout à fait tort.