«Voyez, l’autoroute enterrée ressortirait juste derrière le mamelon là-bas», indique avec un accent vaudois prononcé Philippe Guillemin, syndic de la commune de Lonay au-dessus de Morges, en désignant une colline de vignes enneigées. «De ce tronçon à ciel ouvert naîtrait une jonction, une piqûre – comme on a appelé ça – d’où partirait un embranchement qui rejoindrait l’autoroute A1 existante. Donc oui, vous avez bien compris, seule la partie qui traverse le centre de Morges serait déclassée. Il est aberrant d’imaginer deux telles constructions si près l’une de l’autre».

La commune de Morges a été sacrifiée en 1963 lors de la construction de la première autoroute suisse, la ville étant coupée de part en part. Le projet de contournement est né dans la perspective de l’augmentation du prix de la vignette autoroutière. Il a été gelé lors du refus de celle-ci. Lonay, Bremblens, Echandens, Chigny, Tolochenaz font partie des communes qui pâtiraient du contournement autoroutier de Morges tel qu’il avait été imaginé lors du dernier débat. Aujourd’hui, la discussion refait surface alors que l’on prépare la votation sur Forta, un fonds pour le financement des routes nationales. La manne financière interviendra notamment sur quelques projets lémaniques qui souffrent de goulets d’étranglement, comme c’est le cas à Morges.

Le syndic de Bremblens Eric Bühler aurait tendance à voter contre le fonds Forta, «car cela ne va pas résoudre les problèmes autoroutiers. La création de nouvelles routes renforce au contraire le trafic». À Lonay, Philippe Guillemin votera pour. «Forta dégage de l’argent pour résoudre des problèmes partout en Suisse, ce qui est une bonne chose. Par contre, le projet du contournement refera surface et nous devrons être vigilants. Comme nous l’avions fait à l’époque, la dizaine de communes qui composent la couronne morgienne se réunira de nouveau sans doute en groupe de discussion». Alors que les Verts vaudois appellent à refuser le fonds routier en votation, la municipale écologiste de Morges, Sylvie Podio, suit son collège et votera pour Forta. «Si l’autoroute est requalifiée à la hauteur de Morges, ses habitants y trouveront leur intérêt. Ce que je ne pourrais par contre défendre, c’est l’augmentation des voies autoroutières».

La chirurgie esthétique – totale ou partielle – de la balafre morgienne ne se fera qu’en taillant dans le paysage alentour. Aujourd’hui 100 000 véhicules traversent quotidiennement la ville, sur cette autoroute à ciel ouvert, et 130 000 sont attendus en 2030. «Je serai mort et enterré en 2045 lorsque le projet viendra à bout, mais je me bats pour qu’on ne fasse pas subir à notre région le même destin que Morges, scindée en son sein», reprend le syndic Guillemin.

Pour mieux comprendre: Vidéo explicative conçue par les opposants au contournement de Morges

Rien de définitif

Quelle solution est la meilleure? N’est-il pas préférable de laisser l’A1 là où elle est, plutôt que de l’envoyer dévorer des terres agricoles? Le sénateur PLR vaudois Olivier Français imagine une autoroute souterraine, sous le tracé actuel: l’issue que préfèrent les communes de la couronne morgienne. Par contre, cette ébauche ne permet pas de désengorger le noeud de Crissier.

Les principes ébauchés par l’Office fédéral des routes (OFROU) privilégient les tronçons enterrés mais qui ressortent de terre pour enjamber les rivières (comme la Morges et la célèbre Venoge), et pour se raccorder aux réseaux existants. «Pour le moment, nous n’avons que ces études d’opportunité faites par l’OFROU, rien de plus avancé», temporise la conseillère d’Etat Nuria Gorrite en charge des réseaux de transport vaudois. «Les rapports de l’OFROU ont démontré qu’à moyen terme, le statut quo est inenvisageable mais qu’il est impératif de trouver une solution pour désengorger le sud de Lausanne. Actuellement, le trafic venant de l’est lémanique et du Valais, ainsi que celui de Neuchâtel se déversent dans cette même congestion». Pour la ministre, les options sont encore totalement ouvertes et les communes localement concernées seront entendues en temps venu.