Formation

Forte mobilisation pour sauver la Haute Ecole de musique

A Neuchâtel, étudiants et professeurs contestent la décision du Conseil d’Etat de fermer la Haute Ecole de musique. Ils dénoncent une mesure contre-productive sur les plans économique et culturel

Mardi, le château de Neuchâtel a été pris d’assaut par des élèves et enseignants de la Haute Ecole de musique (HEM), venus accueillir en musique les députés au Grand Conseil pour leur session du budget. L’opération visait à protester contre la décision du Conseil d’Etat de fermer l’institution en 2021.

Cette mesure budgétaire fait partie intégrante du programme de la législature 2018-2021, présenté vendredi. Elle permettra au canton d’économiser 2,2 millions de francs par année, a expliqué la conseillère d’Etat Monika Maire-Hefti. Un chiffre que les défenseurs du site neuchâtelois, rattaché à la HEM de Genève, contestent. Réunis en conférence de presse mardi matin, les professeurs et étudiants dénoncent «une mesure contre-productive, tant sur le plan financier que culturel».

Une économie contestée

Ces derniers jours, la contestation a pris de l’ampleur grâce à la diffusion d’une pétition en ligne signée par 15 000 personnes, et aux messages de soutien de musiciens renommés, comme la pianiste Martha Argerich. Mais mardi, c’est l’efficacité de cette mesure économique qui a fait débat. «Nous demandons au Conseil d’Etat de rétablir la vérité sur les conséquences financières d’une telle disparition», a lancé Petru Casanova, le président de l’Association des étudiants.

Le gain pour le canton est en effet bien inférieur à 2,2 millions, explique Simon Peguiron, pianiste à la HEM. «L’institution, qui partage ses locaux avec le Conservatoire, ne verserait plus de loyer à l’Etat, sans compter la perte de recettes fiscales. Les retombées directes tournent plutôt autour des 700 000 à 800 000 francs», estime-t-il.

Les enseignants craignent une précarisation du travail

De son côté, Monika Maire-Hefti réaffirme la nécessité d’appliquer cette décision difficile, au vu de l’état des finances du canton. «Sur 100 étudiants, seuls 18 sont Suisses, et 2 Neuchâtelois.» Dans les autres hautes écoles de musique suisses, les étudiants neuchâtelois sont tout de même «une vingtaine», relativise Ambroise de Rancourt, pianiste français formé à la HEM. Et pour chacun d’entre eux, le canton verse de toute façon une contribution de 35 000 francs.

La conseillère d’Etat assure que tous les étudiants en formation pourront terminer leur cursus d’ici à 2021. Pour Marc Pantillon, professeur de piano à la HEM, l’établissement risque bientôt de ressembler «à un mouroir plus qu’à une école». Du côté des enseignants, on craint une précarisation du travail. «Nous sommes engagés pour la plupart à temps partiel. J’imagine que notre taux sera renégocié chaque année, jusqu’à atteindre zéro», déplore Simon Peguiron.

Interpellations au Grand Conseil

La mobilisation a permis d’amener la question jusqu’au Grand Conseil. Deux interpellations ont été déposées mardi par le PLR et le groupe vert’libéral-PDC. Le groupe libéral-radical demande notamment au Conseil d’Etat de faire la lumière sur l’évolution du nombre d’étudiants suisses et étrangers. Ainsi que d’évaluer le coût de solutions alternatives à la fermeture définitive de l’école. Le programme de législature du gouvernement sera, quant à lui, discuté au Grand Conseil dès le début de 2018. 

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