Interpellé le 9 août 2016 à son retour de Turquie pour avoir été un sérieux candidat au djihad et pour avoir embrigadé un autre jeune sur le chemin de la Syrie et de la violence, un Genevois voit son dossier s’alourdir. Dans un arrêt diffusé ce mardi mais datant du mois de mars, le Tribunal pénal fédéral rejette la demande de mise en liberté immédiate du prévenu, retient un faisceau d’indices suffisant et estime que l’intéressé peut encore cacher des choses aux enquêteurs. Une décision qui livre des détails inédits sur cette procédure.

Poursuivi pour participation à une organisation criminelle et violation de la loi interdisant les groupes «Al Qaida» et «Etat islamique», le Genevois, âgé de 30 ans, qui dispose de la double nationalité suisse et tunisienne, est soupçonné d’avoir voulu se rendre dans la zone de conflit syro-irakienne pour rejoindre les combattants de Daech. Il aurait également joué un rôle prépondérant dans la radicalisation et le recrutement d’un autre jeune déboussolé du canton.

Ecoutes téléphoniques

Les deux hommes avaient été initialement repérés par le Service de renseignement de la Confédération. Contrôlés dans un véhicule en passant la douane franco-suisse, ils étaient en possession de documents relatifs à l’islam ainsi que de billets d’avion pour Istanbul. Ils ont finalement réussi à partir. Le premier en avion, et sans prendre le vol retour pourtant dûment réservé. Le second, au terme d’un périple à travers l’Italie et la Grèce.

L’enquête, ouverte le 19 février 2016 par le Ministère public de la Confédération, a permis de confirmer que les deux hommes se côtoyaient. Des écoutes téléphoniques, mises en place dès le mois de mars, ont révélé que le Genevois se concertait avec sa mère avant son retour et discutait des réponses à donner en cas d’audition par la police suisse. Cueilli à son arrivée à l’aéroport de Zurich, il a finalement admis avoir eu l’intention de se rendre en Syrie, en zone de conflit, «pour y refaire sa vie». Son projet a échoué lorsqu’il s’est fait arrêter par les autorités turques avec de faux papiers syriens.

L’autre jeune candidat au djihad, également inquiété par la police turque, renvoyé en Suisse et placé en détention durant six mois, aurait clairement attribué sa phase de radicalisation au Genevois. C’est par son intermédiaire qu’il dit avoir rencontré plusieurs individus souhaitant se rendre en Syrie, obtenu des vidéos de propagande de l’Etat islamique et mis au point son itinéraire de voyage.

Aux yeux du Tribunal pénal fédéral, tous ces éléments constituent un faisceau d’indices suffisant pour justifier un maintien en détention du recourant. L’arrêt retient également l’existence d’un risque de collusion. Même si une audience de confrontation a déjà eu lieu entre les deux coprévenus, le Genevois pourrait encore vouloir prendre contact avec de nombreux individus non identifiés.

Réseau européen

L’intéressé aurait ainsi entretenu des contacts avec un tiers, désormais incarcéré à l’étranger, qui est présenté comme l’organisateur ou le facilitateur d’un réseau de faux papiers aux ramifications européennes et dont le but était de permettre aux adeptes du djihad de rejoindre les combattants de l’Etat islamique. «Les éléments en mains du MPC mettent en lumière deux versements – pour un total de 4400 euros – opérés par le recourant en faveur de ce tiers par l’intermédiaire de Western Union», précise l’arrêt. Des versements tout d’abord contestés, puis admis par le Genevois.

«Les réponses contradictoires du recourant peuvent laisser à penser qu’il cache encore certains éléments à l’autorité de poursuite et que, en cas de mise en liberté, il mettrait cette dernière à profit pour prendre contact avec des témoins ou autres prévenus, afin de tenter d’influencer leurs déclarations» ajoute le Tribunal pénal fédéral. L’arrêt conclut que des mesures de substitution ne sauraient exclure toute collusion et que la durée de la détention provisoire respecte encore le principe de proportionnalité.

Son défenseur, Me Imed Abdelli, n’a pas répondu à nos appels. En mai dernier, le Ministère public de la Confédération confirmait à la Tribune de Genève la libération du prévenu sous certaines conditions, telles que l’obligation de se présenter au poste de police deux fois par semaine, remettre ses documents d’identité et suivre un programme d’occupation.