Le fragile équilibre retrouvé de la Riponne

Lausanne Après un bar, un nouveau bistrot

La Riponne, place stratégique et pôle de mécontentement chronique de la capitale vaudoise, poursuit sa mue avec l’ouverture, prévue pour 2015, d’un nouveau restaurant dans les anciens locaux du Mövenpick. Une carte de plus brandie par la Ville pour tenter de séduire la population lausannoise et l’amener à réinvestir la place.

Les futurs exploitants sont d’ailleurs connus: Christine Gavillet et Eric Borgeaud, gérants de l’entreprise BRG Sàrl, ont fondé le Café A la Bossette, puis la Brasserie artisanale du Château. A côté du bistrot, ils comptent ouvrir une brûlerie, lieu de torréfaction du café, et une épicerie. «Il y a un ou deux ans, nous avions toutes les peines du monde à trouver un repreneur. Le nouveau dynamisme insufflé sur la place a suscité des vocations. Il y en aura d’autres», espère Grégoire Junod, conseiller municipal chargé de la Sécurité, lors d’une conférence de presse mardi.

«Nous avons réussi le pari de faire cohabiter divers publics sans chasser la population fragilisée», s’est félicitée la municipalité. Un coup d’œil circulaire sur la vaste place le confirme: ses occupants traditionnels n’ont pas bougé, ou très peu. Depuis que la Ville a déplacé les bancs publics, le groupe de toxicomanes qui avait l’habitude de se retrouver à côté de la station de métro au sud a suivi le mouvement pour s’installer au centre de la place, sous la glycine. Au nord, une douzaine de personnes, pour beaucoup sans abri, se réunissent, cannettes de bière en main. Les habitués sont toujours là, mais ils ne sont plus aussi seuls qu’avant.

Bar, espace de jeu pour les enfants, bibliothèque: les activités qui ont pris place durant l’été ont amené un public en majorité jeune et familial. La police s’est aussi ancrée dans le paysage, avec des patrouilles «quasiment permanentes», indique Grégoire Junod: «Nous souhaitons réhabiliter l’agent de proximité, qui va à la rencontre des habitants et favorise le contrôle social.»

Cohabitation

La Ville entend reconduire un certain nombre d’expériences menées pour égayer la place durant la saison chaude. Surprise par l’affluence des enfants – 2000 petits ont foulé l’espace créé pour eux durant l’été –, la municipalité songe à maintenir la halte jeu. Le sud de la place accueillera d’autres stands de nourriture à l’emporter. Enfin, la terrasse de la Grenette, ancienne cuisine d’été du restaurant Mövenpick, au nord, réhabilitée depuis le mois de juin, restera ouverte. Habitués et nouveaux venus y cohabitent: «Pour nous, ce ne sont pas des marginaux, mais des voisins», affirme l’un des quatre gérants des lieux, David Rigaud. Deux «voisins» ont d’ailleurs quitté leur banc pour travailler derrière le bar. Un troisième effectue des tournées dans les toilettes publiques attenantes, pour évacuer d’éventuelles traces de consommation de drogue.

D’autres voient dans les transformations de la Riponne une opération cosmétique. «J’attends encore le retour d’une véritable vie de quartier», souligne le patron d’un commerce. Quant aux habitants, ils ne sont pas tous séduits: «C’est devenu un bordel sans nom, peste cet homme, qui vit dans le quartier depuis trente ans. Les nuisances sonores ont augmenté. Avec l’arrivée des fêtards, les dealers de Dormicum ont fait place aux vendeurs de coke.» Grégoire Junod le concède: «L’équilibre est fragile