Les «sans-papiers», comme on les qualifie, accumulent les difficultés. Eux, qui se trouvaient déjà dans une situation précaire avant la crise sanitaire, sont aujourd’hui désemparés. La majorité de ces personnes travaillent dans les secteurs de l’économie domestique, de la restauration ou du bâtiment. Des activités qui tournent au ralenti ou sont mises à l’arrêt. «Certains sont sans statut légal, d’autres sont dans l’attente d’une régularisation ou sont régularisés depuis peu, clarifie Myriam Schwab, travailleuse sociale à la Fraternité du CSP Vaud. Les cas de figure sont certes différents, mais les problèmes sont les mêmes.»

La fragilité de leur situation les pousse à accepter des licenciements ou suspensions de contrat sans aucune revendication. L’angoisse d’un contrôle de police les conduit à faire leurs courses la boule au ventre. La peur d’entacher leur dossier d’octroi ou de renouvellement de permis de séjour les incite à ne pas demander d’aide financière. Et la crainte d’une possible dénonciation les contraint à ne pas se faire soigner. Des problématiques invisibles pour celles et ceux qui n’y sont pas confrontés, mais auxquelles il est urgent de répondre pour les associations qui les accompagnent.

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Resserrer les mailles du filet social

Ainsi, une trentaine d’organisations vaudoises a lancé un appel à l’aide en adressant une lettre ouverte aux autorités communales, cantonales et fédérales le 15 avril. Leur objectif: resserrer les mailles du filet social pour que les personnes sans-papiers ne passent plus à travers. «Cette crise est une fenêtre, car elle met en lumière la situation difficile dans laquelle se trouvent ces personnes invisibles qui participent à la vie de la cité», estime Myriam Schwab, cosignataire de la lettre.

Parmi leurs revendications, l’accès aux soins, la couverture des coûts générés, le rappel aux employeurs de travailleurs domestiques de leurs obligations, l’octroi du chômage partiel, l’accès aux allocations pour perte de gain, la suspension des sanctions, détentions ou expulsions, la garantie de la régularisation ou du renouvellement du permis de séjour en cas de recours aux aides sociales et la prise en considération de la situation d’emploi avant le confinement.

Dans ce même esprit, le Portugal a annoncé le 28 mars dernier la régularisation temporaire des personnes en attente de titre de séjour sur son territoire pour qu’elles puissent accéder aux soins et bénéficier des aides financières mises en place. Une initiative «encourageante» pour la conseillère nationale et coprésidente de la plateforme nationale des sans-papiers Ada Marra (PS), mais qui «ne concerne que ceux qui avaient formulé une demande de titre de séjour avant la crise, souligne-t-elle. Si la Suisse peut s’en inspirer, nous devrions développer un dispositif d’urgence qui intégrerait tout le monde. Nous parlons de la survie de nombreuses personnes et je n’ai pas l’impression que ce dossier soit considéré comme prioritaire. Il faut créer un fonds fédéral et cantonal pour pouvoir les aider financièrement ou, au minimum, soutenir les associations pour qu’elles puissent distribuer ces aides.»

Une prise de position politique

Depuis mars, les besoins en aide alimentaire se sont accrus. «L’urgence est qu’ils aient de quoi manger, qu’ils puissent être soignés et qu’ils soient aidés financièrement pour payer leur loyer, leurs assurances, factures et dépenses, signale Marianne Halle, chargée de communication du Centre de contact Suisses-Immigrés. Le fonds de solidarité devra s’appuyer sur les organisations pour pouvoir distribuer cette aide, car ces personnes n’iront pas s’adresser à l’Etat.»

Un projet qui est en cours de discussion à Genève, où le Collectif de soutien aux sans-papiers – association faîtière qui regroupe une trentaine d’organisations – travaille également sur une prise de position politique. «Les revendications vaudoises s’appliquent aussi ici, déclare son coordinateur Alessandro De Filippo. Nous devons trouver des solutions qui durent, car la situation est préoccupante et le restera même après le déconfinement.»

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Pour l’heure, les personnes en situation irrégulière ont, dans les faits, droit aux aides sociales. «Une procédure a été mise en place avec l’Office cantonal de la population et des migrations leur permettant de solliciter une aide sans être en possession d’une attestation», indique Bernard Manguin, porte-parole de l’Hospice général. Seulement, le recours à l’aide sociale n’est pas dénué de conséquences. Cela pourra leur être reproché par la suite et entraîner un refus de régularisation.