«Je ne suis pas venue donner des consignes ni m'immiscer dans un dossier qui relève de la responsabilité de la Suisse, mais échanger des informations.» Auteur de ces propos, la ministre française de l'Environnement Dominique Voynet est repartie lundi de Berne, où elle a rencontré Moritz Leuenberger, avec la certitude que la Suisse avait la volonté d'assainir la décharge de Bonfol. Le conseiller fédéral lui a expliqué en détail le nouveau droit suisse, qui rend obligatoire le nettoyage de 3 à 4000 des 50 000 sites pollués recensés. Bonfol, où la chimie bâloise a entreposé 114 000 tonnes de déchets spéciaux entre 1961 et 1976, figure en tête de liste.

«Nous allons récolter des informations sur le contenu de la décharge et son impact sur l'environnement, ce qui exige de la rigueur scientifique. Du côté français, nous voulons connaître le réseau d'écoulement des eaux dans le karst de la région. Du côté suisse, il faudra fixer la stratégie d'assainissement avec l'industrie», résume Dominique Voynet. Pour le ministre jurassien de l'Environnement Pierre Kohler, qui s'était glissé dans la rencontre, l'entrevue de lundi aura accru la pression pour que Bonfol soit dépollué, car, relève-t-il, «la France veillera à ce que la Suisse tienne ses engagements». Les premiers résultats des expertises réalisées sur place ces dernières semaines seront présentés mercredi à Delémont.

Dominique Voynet et Moritz Leuenberger en ont profité pour passer en revue les autres sites frontaliers qui pourraient poser problème. Alertée par une «ONG» non identifiée, la ministre française a mis sur la table le cas d'une «ancienne usine de traitement de La Chaux-de-Fonds, dont il faut vérifier l'impact sur un affluent du Doubs».

Usine visée à

La Chaux-de-Fonds

Vérification faite auprès du directeur des Services industriels de la ville Georges Jeanbourquin, il ne peut s'agir que de Catalyse Industrielle SA (CISA), une usine qui a cessé ses activités en 1998 mais qui avait défrayé la chronique dans les années 80 lorsqu'on avait découvert que ses responsables enfouissaient des fûts de solvants chlorés dans un gouffre situé sous le bâtiment.

Georges Jeanbourquin s'étonne que Dominique Voynet ait évoqué ce cas. «Le gouffre avait été partiellement nettoyé à la fin des années 80. Le site est toujours pollué, mais nous avons l'intention de le décontaminer dans les meilleurs délais», assure-t-il. «Il n'y a toutefois aucune urgence. Nous avons choisi la méthode de la dépollution douce, car le site se trouve au-dessus d'une couche de marne imperméable et il n'y a aucun écoulement dans le Doubs. Nous avons fait tous les contrôles nécessaires», ajoute le chimiste communal Jean-Jacques Miserez. Les autorités chaux-de-fonnières attendent donc avec confiance les questions qui pourront leur être posées. «Nous pouvons montrer à Mme Voynet toutes les analyses que nous avons faites», déclare Georges Jeanbourquin.

Autre cas évoqué: celui de la décharge de Saint-Louis, qui a longtemps accueilli les déchets ménagers de Bâle. La Suisse n'y livre plus rien depuis 1994, mais le site héberge toujours 500 000 mètres cubes de déchets dont il faudra étudier l'impact environnemental. De son côté, Pierre Kohler a parlé à Dominique Voynet de fabriques françaises proches du Doubs, par exemple des fromageries, qu'il serait à son avis souhaitable d'examiner également.