Union pour un covoiturage transfrontalier

Mobilité Un nouveau portail commun sensibilise les usagers au covoiturage et centralise toutes les offres de la région lémanique

Les entreprises sont invitées à encourager cette pratique

Il est 7h30 sur le parking de Collonges-sous-Salève, en Haute-Savoie, célèbre parce qu’il se mue le dimanche matin en place de marché dit «des Genevois». Claudine, qui habite en haut du village, se gare et attend Julia, qui arrive de Valleiry. «On fonctionne ainsi: la première arrivée monte dans la voiture de l’autre, l’essentiel est que l’une arrive tôt pour bloquer une place de stationnement, en plus c’est gratuit», explique Claudine.

Elles entrent en Suisse et se dirigent vers Vessy où va monter Francine qui, elle, réside à Monnetier-Mornex, sur le Salève. Puis elles se dirigent vers les HUG où toutes trois travaillent – l’une est secrétaire, les deux autres éducatrices.

Elles covoiturent depuis six ou sept ans. Elles ne parlent pas d’argent et utilisent à tour de rôle la voiture de l’une ou l’autre. «C’est convivial et pratique», résume Claudine.

Peu d’autres «covoitureurs» à Collonges. «Il y a surtout des gens qui posent leur automobile et en sortent un vélo, d’autres qui marchent jusqu’à la douane et prennent le bus», rapporte Claudine. Une étude, menée dans le cadre du projet Interreg (programme transfrontalier France-Suisse) et rendue publique cette année, est éloquente: tandis qu’aux abords des douanes les voitures s’accumulent, 90% des frontaliers entrant dans le bassin lémanique sont seuls dans leur véhicule. En France, de manière générale, le covoiturage ne représente que 4,6% de part modale sur l’ensemble des déplacements d’accès au travail, toutes ­distances confondues. Les automobilistes circulant de façon pendulaire vers Genève et Vaud ne sont guère plus nombreux (20%) à recourir au covoiturage.

Ce mercredi à Plan-les-Ouates (GE), des élus de Haute-Savoie, de l’Ain, des cantons de Genève, de Vaud et du Valais ont dévoilé une campagne de promotion du covoiturage, «Même trajet, même voiture», afin de sensibiliser les travailleurs frontaliers ainsi que les entreprises suisses à ses avantages. Ils ont lancé le portail Covoiturage-leman.org, un moteur de recherche centralisant toutes les offres de covoiturage du bassin lémanique, soit six bases de données françaises et suisses.

Ces sites comme celui qu’héberge le département de l’Ain – qui ne recense que 3600 inscrits – «nécessitent un second souffle», selon Véronique Baude, maire adjointe de Divonne-les-Bains. Le nouveau portail, sur le mode des sites de réservation des vols en ligne, fournira en temps réel les disponibilités pour effectuer des trajets dans la région.

Par ailleurs, une carte interactive indique aux usagers la localisation d’aménagements dédiés (aires de covoiturage, parkings P + R) le long des grands axes de transport transfrontaliers. Ils sont pour le moment très insuffisants (huit en Haute-Savoie près de Genève, aucun dans le Pays de Gex). Cela explique entre autres pourquoi le covoiturage demeure si peu pratiqué. Des projets de construction de nouvelles aires sont évoqués, «tout comme l’idée de réserver une voie aux véhicules covoiturant, comme cela se fait aux Etats-Unis», a suggéré Luc Barthassat, le conseiller d’Etat genevois responsable de la mobilité. «En ce qui concerne ce dernier point, la base légale est encore inexistante, c’est une prérogative de Berne», a tempéré Nuria Gorrite, conseillère d’Etat vaudoise chargée des Infrastructures.

Quatre-vingts entreprises suisses ont été sollicitées afin qu’elles développent la mise en place de dispositifs incitatifs en interne, comme une priorité d’accès au parking pour les véhicules covoiturant. Les HUG, à titre d’exemple, offrent déjà cet avantage. «Un covoitureur économise en moyenne 2250 euros par an (2450 francs), un frontalier perd 88 heures par an dans les embouteillages, autant qu’à Paris ou Shanghai. Les bonnes raisons ne manquent donc pas de faire des économies et contribuer à lutter contre la saturation de nos routes», a argué Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie.

Sur le site figurera un comparatif du coût des trajets pour un «autosoliste» et un covoitureur. Exemples: Annecy-Genève, 18 à 21 euros pour le premier, 2 à 9 euros pour le second, Gex-Genève, 5 à 6 euros contre 1 à 3 euros. «A trois mois de la conférence sur le climat à Paris, il n’est pas inutile de rappeler que covoiturer contribue à réduire fortement les émissions de CO2», a ajouté Virginie Duby-Muller. Les financements du projet sont franco-suisses. Le budget français, à hauteur de 300 000 euros, est financé par le programme européen Interreg, le budget suisse, 200 000 francs, est pris en charge par la Confédération.

Sur le site figurera un comparatif du coût des trajets pour un «autosoliste» et un covoitureur