Un pas de plus a été franchi dans la qualification de l'épreuve de force qui oppose la Libye à la Suisse: alors que, jeudi, Jean-Philippe Jeannerat, porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), disait qu'on était «sur la voie» de la crise, il a constaté vendredi que «les relations bilatérales sont en crise, mais ne sont pas rompues».

La délégation emmenée par l'ambassadeur Pierre Helg, numéro trois du département, est rentrée de Tripoli dans la nuit de jeudi à vendredi. Elle a pu rencontrer des «personnes de haut rang, mais pas le ministre», observe Jean-Philippe Jeannerat. Les représentants suisses sur place n'ont pas pu entrer en contact direct avec les deux Suisses détenus dans les geôles libyennes dans le cadre de la protection consulaire. «Ceux-ci ont cependant pu voir un avocat dûment mandaté», précise le porte-parole, qui ajoute qu'«ils vont aussi bien que possible dans des conditions de détention très éprouvantes».

Médiation algérienne?

Cela signifie que d'autres contacts diplomatiques seront nécessaires pour libérer les deux hommes. Jean-Philippe Jeannerat insiste sur la nécessité d'opérer dans la plus grande discrétion. Il ne confirme aucun contact précis, par exemple avec le Quai d'Orsay. Le Ministère français des affaires étrangères se mobilise pourtant pour tenter de dénouer la crise entre les deux pays.

Son porte-parole, Eric Chevalier, l'a annoncé lors du point de presse quotidien du ministère à Paris. «Il nous semble important de signaler aux autorités libyennes notre préoccupation face à une escalade qui serait préjudiciable pour tout le monde. Paris suit cette situation de façon très attentive et nous souhaitons que les autorités libyennes prennent conscience de la nécessité d'une désescalade dans le processus», a-t-il déclaré à la presse, rapporte l'agence AFP.

L'entrée en scène de la France est un élément de poids pour la Suisse. On se souvient en effet que c'est ce même Etat qui avait mis un terme à l'affaire des infirmières bulgares incarcérées en Libye. L'Algérie pourrait aussi intervenir dans la médiation, annonce Le Matin dans son édition de vendredi. Le DFAE ne confirme ni n'infirme. Jean-Philippe Jeannerat dément cependant que Micheline Calmy-Rey ait reçu «l'ambassadeur algérien ou tout autre diplomate algérien» et que l'ancien conseiller fédéral Joseph Deiss soit «impliqué dans ce contexte», contrairement à ce que laisse entendre le quotidien.

Swiss annule son dernier vol

Les diplomates suisses vont continuer de s'affairer ces prochains jours pour tenter de régler le différend, sans doute avec l'appui d'autres pays. Micheline Calmy-Rey a informé ses collègues de l'état de la situation lors de la conférence téléphonique que le Conseil fédéral a tenue vendredi. Mais aucune décision n'a été prise.

Quant au blocus pétrolier, rien de nouveau n'est apparu vendredi. L'arrêt des livraisons de carburant libyen ne s'est pas confirmé. En revanche, Swiss a décidé de supprimer le dernier des trois vols hebdomadaires que la compagnie assurait en direction de Tripoli avec un Airbus A319, essentiellement occupé par des hommes d'affaires.

Ceux du mardi et du jeudi n'ont pas été autorisés par la Libye, pour des raisons soi-disant techniques. «Swiss renonce à celui de dimanche pour des raisons opérationnelles», annonce la porte-parole de la société, Andrea Kreuzer. La reprise éventuelle des vols dépendra de l'évolution de la crise.