A Paris, la défense de Pierre Condamin-Gerbier s’organise. Aux propos très critiques envers la Suisse de Charles de Courson, président centriste de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Cahuzac, à ceux du PS Yann Galut, rapporteur du projet de loi contre la fraude ­fiscale, s’est ajoutée mardi la voix du député Nicolas Dupont-Aignan. Pour le président de Debout la Ré­publique, «la Suisse est en guerre contre la France»: «Après avoir échoué à faire taire Hervé Falciani, l’arrestation de Pierre Condamin-Gerbier, ancien cadre de la banque Reyl, par la justice suisse est une ­menace à peine voilée envoyée à la France.»

En quelques jours, un large mouvement de «défense des lanceurs d’alerte» s’est constitué. Une conférence de presse est organisée mercredi à l’Assemblée nationale par de nombreux députés, Mediapart et le journaliste Antoine Peillon, auteur de Ces 600 milliards qui manquent à la France. Du côté parlementaire, Yann Galut et Charles de Courson ont été rejoints par le sénateur communiste Eric Bocquet et la sénatrice centriste Nathalie Goulet, respectivement rapporteur et vice-présidente de la commission d’enquête du Sénat sur le rôle des banques dans l’évasion fiscale, par François de Rugy, le coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, par Nicolas Dupont-Aignan, ainsi que par plusieurs députés de l’aile gauche du PS.

PCG, Assange et Snowden

Dans un appel en ligne, le directeur éditorial de Mediapart, François Bonnet, estime que Pierre Condamin-Gerbier, dont le témoignage a été publié par le site d’information, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, et Edward Snowden, l’informaticien à l’origine des révélations sur le programme américain de surveillance Prism, possèdent un «point commun»: «Avoir fait vaciller […] des Etats ou d’immenses puissances économiques.» Pour François Bonnet, l’arrestation du Français «vient rappeler combien la législation confédérale est d’abord adaptée à la puissance des établissements bancaires».

Le passé parfois sulfureux de Pierre Condamin-Gerbier, décrit par ses détracteurs comme un affabulateur, ne les ébranle pas. «Ce n’est pas un saint, admet Charles de Courson. Mais ce n’est pas parce qu’il a eu des problèmes privés ou été en indéli­catesse avec d’ex-employeurs que ce qu’il nous dit des mécanismes de la fraude fiscale est faux.» Pour Mediapart, «le financier français a sans doute ses intérêts, ses failles, ses inexactitudes», mais «décrit des mécanismes de fraude, des stratégies de dissimulation, des artifices comptables et financiers cohérents avec les révélations faites par Hervé Falciani ou par les cadres dirigeants qui ont fait éclater l’affaire UBS France».

Les députés interpellent le gouvernement français. Nicolas Dupont-Aignan fustige un «attentisme scandaleux. Au moment où le projet de loi sur la fraude fiscale prévoit une protection accrue des lanceurs d’alerte, ce silence du gouvernement est un mauvais signe envoyé à ceux qui souhaiteraient briser l’omerta des banques suisses.» Le député demande «l’intervention immédiate du Ministère de la justice et des Affaires étrangères pour la libération de Pierre Condamin-Gerbier».

Pour l’heure, le gouvernement français ne joue pas aux va-t-en-guerre. Il fait preuve de circonspection. Le Quai d’Orsay indique: «L’affaire relève des autorités judiciaires suisses. Ressortissant français, Pierre Condamin-Gerbier a droit, s’il le ­demande, à la protection consulaire, comme tous les Français détenus ou incarcérés à l’étranger.» Interpellée mardi lors de son audition devant la commission d’enquête, Christiane Taubira, la garde des Sceaux, a expliqué qu’elle allait «faire expertiser la question» par ses services, mais que, s’agissant d’un cadre international, il fallait faire preuve de «prudence».