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François Hollande a arpenté une Suisse qui innove

Durant le second jour de la visite d’Etat, le président français et sa délégation se sont intéressés à l’apprentissage. Hollande a aussi évoqué les programmes de recherche européens, dont la Suisse n’est plus membre à plein titre

François Hollande a arpenté une Suisse qui innove

Diplomatie Le président français et sa délégation se sont intéressés à l’apprentissage

Les programmes de recherche européens ont aussi été évoqués

Il y a un espoir, même si pour l’heure, les propos demeurent formels et vagues. Jeudi, dans le train de Zurich à Lausanne, le président français François Hollande et sa délégation ont évoqué, avec des responsables scientifiques suisses, dont l’équipe dirigeante de l’EPFL, la place de la Suisse dans l’Europe de la recherche. La crise ouverte après l’acceptation de l’initiative UDC sur l’immigration, le 9 février 2014, continue d’empoisonner les relations Suisse-Europe sur ce point aussi. Un accord temporaire a été trouvé pour le programme de recherche Horizon 2020, mais néanmoins, la Suisse n’en est plus membre à plein titre. A ces tensions se sont ajoutées des critiques à propos du Human Brain Project, piloté par l’EPFL. L’épisode ferroviaire de la visite présidentielle a permis de poser les sujets sur la table, indique-t-on à l’EPFL. Esquisse d’un soutien ferme de la France? Les suites de la promenade helvétique le diront.

L’histoire courte retiendra le caractère studieux de la visite, durant son deuxième jour. Après avoir promis aux Suisses son appui pour résoudre la crise ouverte par le vote du 9 février s’agissant de la libre circulation, François Hollande s’est mis à l’écoute du petit voisin si méconnu.

A l’EPFL, le président de la République se fait presque élève face au patron Patrick Aebischer, muté en instituteur racontant ses «trucs» pour faire pousser les start-up. Pose didactique et verbe appliqué afin de détailler les tenure tracks (pré-engagement des chercheurs) et les Innogrant, les fonds pour les nouvelles entreprises de technologie. La Suisse, c’est aussi un peu l’Amérique. Le Corrézien trouve au Fribourgeois un accent américain.

Dans son discours au Learning Center, François Hollande ironise sur les prises de notes de ses accompagnants («J’en ai même vu une qui fait des photos.») La Suisse apprenant quelque chose à des politiques français? Toute nouveauté a ses limites. Le chef d’Etat rappelle vite que «la France est en troisième position mondiale en termes d’attractivité pour les étudiants».

Mais il y a cette Suisse «que l’Europe regarde». A Zurich, la délégation a visité la Haute Ecole d’art, puis elle a discuté avec des patrons d’entreprises, le Français Jean Gabriel Pérès (Mövenpick), Antimo Perretta (Axa Winterthur), Remo Lütolf, (ABB) et Gilles Andrier (Givaudan). Le président a dépeint des économies françaises et suisses «imbriquées»: «Dans le domaine des infrastructures par exemple, des entreprises suisses et françaises ont participé à la construction du plus long tunnel du monde, qui sera inauguré l’année prochaine» – le Gothard. La Suisse présente «une économie très forte, en termes de création d’entreprises, d’innovation et de formation». Et puis, elle possède un modèle d’apprentissage «qui mérite d’être traduit en langue française». L’apprentissage et la formation professionnelle duale, depuis si longtemps vantés en France, sans que le pays n’arrive à élaborer sa propre recette.

Ensuite, sur le campus lausannois, il est question de souris, puisque Daniel Borel fait le tour du propriétaire, avec Marseillaise et Beatles sur des enceintes Logitech. Puis le président et ses ministres ont discuté avec des «start-uppers» français, si nombreux parmi les entrepreneurs technologiques de l’EPFL. Ils racontent comment ils n’ont pas trouvé de soutiens en France. Et pourquoi la dimension internationale prend une telle importance pour eux, dans la conception des produits comme pour la recherche de fonds. Le chef d’Etat écoute. Parlant des étudiants français, un tiers de l’effectif de l’EPFL dans les premières années, il lance: «J’espère que vous allez nous les rendre…» Face aux déchirures françaises à propos de la formation supérieure et de l’innovation, l’ironie de la dernière phrase pourrait presque paraître douloureuse.

Quel est ce «secret suisse, pas le secret bancaire» que les émissaires hexagonaux ont traqué? François Hollande retient la proximité entre les entreprises et les écoles, à tous niveaux, depuis l’apprentissage jusqu’aux liens entre les grandes compagnies et les laboratoires de recherche.

Il note aussi la manière de croiser les disciplines, les savoirs, les pratiques, ce qui est apparu aussi à la Haute Ecole d’art à Zurich, qui mêle musique, cinéma, beaux-arts, théâtre et danse sous un même toit. A l’EPFL, il souligne cette culture «de l’échange», et, sans le dire, ce paradoxe suisse: pays de poche qui se recroqueville, qui vote contre une «immigration de masse», mais dont les hautes écoles comptent 30% d’étrangers et qui aspire notamment les cerveaux français. Drôle de nation, en réalité, avec laquelle il vaut mieux renforcer certaines activités communes. Pour la formation universitaire francophone, par exemple: le président a longuement évoqué les cours en ligne. Et l’EPFL a signé un accord avec Polytechnique Paris («X») comprenant notamment l’enseignement sur la Toile. En fin de séjour, François Hollande a encore vu le président du CIO Thomas Bach, pour vanter la candidature de Paris aux JO de 2024.

Le but de cette visite, a résumé le locataire de l’Elysée, «n’était pas seulement de régler des problèmes du passé ou d’entretenir des relations de bon voisinage, mais d’échanger sur des questions de progrès». Peut-être une nouvelle approche, même si les tensions bancaires et fiscales ne sont pas tout à fait dépassées.

Et pour l’hôte français à la popularité si fléchissante, le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard a le mot propre à conclure le périple officiel. Il rappelle que les deux précédents présidents de l’Hexagone à s’être rendus en Suisse, François Mitterrand puis Jacques Chirac, ont été réélus. Réponse de l’actuel titulaire: «Pour le vérifier, je me demande si je ne devrais pas venir plus souvent…»

La délégation française a voulu percer ce «secret suisse, pas le secret bancaire»

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