diplomatie

Et si François Hollande décrispait les relations franco-suisses?

Le socialiste est jugé moins agressif que son prédécesseur. Il suscite l’espoir de rapports normalisés

Contre toute attente, François Hollande pourrait bien être le président de l’embellie des relations franco-suisses.

Depuis cinq ans, les rapports entre les deux pays sont pour le moins tendus. Sur fond de crise de la dette, ils font les frais d’une guerre ouverte par le président sortant autour du secret bancaire, des évadés et autres exilés fiscaux. A plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy a affiché son mépris pour la Suisse, bouc émissaire désigné. En cinq ans, il n’a pas effectué la moindre visite officielle en Suisse. Tout juste avait-il rencontré Doris Leuthard en 2010, en marge du Forum de Davos.

«Avec Hollande, ça ne peut pas être pire qu’avec Sarkozy, explique un fonctionnaire du DFAE. Sarkozy a traité la Suisse de tous les noms. Ses rapports avec Micheline Calmy-Rey étaient exécrables et il n’a jamais digéré que la Suisse préfère le Gripen au Rafale. Il était très impliqué dans ce dossier. François Hollande, lui, a un style beaucoup plus compatible avec la Suisse. Et s’il vient en Suisse, comme il l’a annoncé, ce sera déjà un gros progrès: même s’il fait de grandes déclarations, on pourra discuter d’égal à égal et ça change tout. On l’a remarqué en février, lors de la visite d’Alain Juppé à Genève. Il est arrivé entouré d’énarques et assez méprisant, mais au bout d’une heure de discussion l’attitude a changé, ce qui nous a permis de conclure un accord sur le site de Bâle-Mulhouse.»

Le contentieux fiscal reste pourtant ouvert. «Tout ne va pas se débloquer tout de suite, mais les choses peuvent évoluer, poursuit le fonctionnaire. L’accord de double imposition a déjà bien réglé le problème de l’évasion fiscale, et je ne suis pas sûr que l’afflux annoncé d’exilés fiscaux en Suisse se vérifie. Quant à l’accord «Rubik», ce que les candidats déclarent pour la galerie ne reflète pas forcément la réalité. Si le dossier progresse, je ne suis pas persuadé que François Hollande continuera de le rejeter, en constatant qu’il permet à ceux qui l’auront signé d’encaisser des sommes importantes.»

Un point de vue que partage le conseiller national Christian Lüscher (PLR/GE), non sans une pointe d’ironie: «Si François Hollande veut vraiment mettre en œuvre son programme, il aura tellement besoin d’argent qu’il viendra frapper à la porte pour accepter «Rubik!» Reste la volonté affichée par François Hollande de taxer les exilés français jusqu’en Suisse. Un projet qui promet d’envenimer encore un peu les rapports entre les deux pays. Mais, là encore, pas sûr qu’il devienne réalité. «Cette idée fait surtout partie de la surenchère de campagne, avoue le conseiller aux Etats neuchâtelois Didier Berberat, pourtant socialiste lui aussi. Elle me paraît assez hégémonique, je n’y crois pas trop. Et quand bien même l’accord de double imposition devrait être rediscuté, cela permettra au moins de rétablir le dialogue.»

Pour Didier Berberat, le «canal socialiste» pourrait faciliter les choses. «Le PS suisse a une plus grande proximité avec le PS français que l’UMP n’en avait avec le PLR, par exemple, avance celui qui, il y a trois semaines encore, rencontrait François Hollande et son entourage dans les coulisses de son meeting de Vincennes. Nos deux partis participent à des espaces communs, comme l’Internationale socialiste ou la Coordination des PS européens. On peut espérer que ce dialogue, même officieux, mettra de l’huile dans les rouages.»

Selon l’ancien ambassadeur de Suisse à Paris, François Nordmann, l’élection de François Hollande ouvre de nouvelles perspectives. «Le dossier fiscal restera certainement un des chevaux de bataille du nouveau gouvernement, mais l’élection de François Hollande pourrait permettre de reparler d’autre chose. Comme de dossiers généraux de politique européenne ou des rapports entre l’Europe et l’Asie. Nicolas Sarkozy était injurieux, il mettait directement en cause les petits Etats, sans égard pour le protocole. Tout cela va changer. La Suisse devrait pouvoir faire valoir sa vision, en voisin et ami.»

Enfin, rappelle le sénateur socialiste et maire de Lyon, Gérard Collomb, «à la différence d’un Nicolas Sarkozy très jacobin, François Hollande fait de la décentralisation une priorité. Il sera beaucoup plus sensible à la vie des régions, au développement des métropoles et donc à la coopération transfrontalière, comme dans le cas du «Grand Genève». Cela pourrait contribuer à décrisper les rapports avec la Suisse. Quant aux questions fiscales, elles seront certainement traitées par Michel Sapin [secrétaire national du PS français, chargé de l’Economie], qui n’est pas un dogmatique forcené.» ö Lire aussi en page 12

«Si François Hollande vient en Suisse, ce sera un progrès. On pourra discuter d’égal à égal»

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