La France appuie les discussions suisses avec l’UE

Diplomatie La visite de François Hollande ouvre une nouvelle ère dans la collaboration entre les deux pays

Le sort des frontaliers est au cœur du voyage présidentiel

La France s’impliquera dans la recherche d’une solution entre la Suisse et l’UE après le vote du 9 février contre la libre circulation. C’est le message que le président de la République française François Hollande a tenu à délivrer mercredi au gouvernement helvétique, au premier jour de sa visite officielle en Suisse. Pour le Conseil fédéral, qui tente depuis un an de sortir de l’impasse, c’est un appui politique précieux. Mais jusqu’où ira ce soutien?

Même si François Hollande a aussitôt réfréné les hypothétiques enthousiasmes: la France ne transigera pas sur le principe et les intérêts, notamment ceux de ses 170 000 frontaliers, liés à la libre circulation. En réalité, la France soutient les discussions entamées sur la suggestion de Jean-Claude Juncker pour éventuellement aboutir à une négociation.

Dix-sept ans après la visite officielle de Jacques Chirac, la venue de François Hollande aura donc été une aubaine pour la Suisse. D’abord parce que les honneurs militaires, dans le cadre intime de la vieille ville de Berne, face à la cathédrale, tenaient à la fois du prestige de l’ancienne aristocratie bernoise au service de la France, mais aussi de la familiarité de deux gouvernements qui se connaissent mieux que ne le suggère l’espacement des visites officielles.

Si l’on prend en compte que depuis le début du XXe siècle, il n’y a eu avant lui que trois visites d’Etat de présidents français, celle d’Armand Fallières en 1910, de François Mitterrand en 1983 puis de Jacques Chirac en 1998, «alors je participe à l’accélération de l’histoire», a même plaisanté François Hollande. Alors que la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, plus détendue après les entretiens officiels, se réjouissait d’avoir obtenu la promesse d’une visite du président français avant la victoire suisse en Coupe Davis.

C’est donc le soulagement qui dominait dans les interventions des deux présidents, au Rathaus, l’Hôtel de ville, ou à l’issue des entretiens officiels. «Les tensions liées à la fiscalité sont derrière nous. La Suisse a bien fait son travail. Tant vis-à-vis de la communauté internationale pour la reprise des standards d’échange d’informations que de la France pour l’entraide administrative», s’est ainsi réjoui François Hollande. Qui a manifestement définitivement enterré le secret bancaire suisse.

Les deux pays peuvent donc ouvrir «une nouvelle ère basée sur la confiance et l’amitié», selon la présidente de la Confédération, «prendre un nouveau départ et ouvrir une nouvelle étape pour intensifier leur coopération», selon le président français. Car si l’on a beaucoup évoqué les 170 000 Français établis en Suisse ou les 180 000 Suisses de France, les valeurs partagées, la Suisse avait, elle, beaucoup misé sur cette visite dans la recherche d’une issue à l’impasse de ses relations avec l’UE. Espérant que la France comprenne qu’il en va aussi du sort de ses salariés frontaliers. Simonetta Sommaruga ne l’a pas caché, «la Suisse est dans une position très difficile et dans une phase d’insécurité qui risque d’être longue», prise entre ses obligations de respecter la Constitution et les principes intangibles de la libre circulation.

Dans le ton, davantage que sur le fond, le Conseil fédéral aura été sans doute satisfait. Malgré l’incompatibilité entre les quotas et les principes de la libre circulation de même que les acquis des frontaliers, «la France apportera à la Suisse tout son appui à la recherche d’une solution, au besoin par la négociation» à la situation provoquée par le vote du 9 février 2014, a assuré François Hollande. Mais questionné sur le type d’aide que son pays pourrait apporter, le résident de l’Elysée a fait un pas en arrière. «La France comprend la Suisse. Mais elle est pleinement engagée dans le processus de la construction européenne et à ce titre elle ne peut pas transiger sur les principes de la libre circulation.» En revanche, il appuie la démarche qui consiste à multiplier les discussions bilatérales.

Interrogé sur la question du Grand Genève, François Hollande, qui encourage la création d’une vraie métropole débordant la frontière, s’est dit inquiet du discours anti-frontaliers. Mais a souligné que les thèses de la préférence nationale qui fleurissent en France peuvent aussi se retourner contre ses propres concitoyens.

François Hollande a également fait l’éloge du dynamisme de l’économie suisse, basé sur l’apprentissage et la qualité de sa recherche. Rappelant qu’avec 180 000 emplois en France dus à des entreprises à capitaux suisses, son pays restait très attractif pour les investisseurs. Sur la question des fusions ou acquisitions d’entreprises françaises, le président de la République s’est dit confiant, pour autant que les emplois et la recherche soient préservés.

Simonetta Sommaruga et François Hollande ont aussi évoqué la transition énergétique, à laquelle la ministre de l’Environnement et de l’Energie Ségolène Royale attache un grand intérêt, la contribution «exemplaire» de la Suisse à la prochaine conférence sur le climat à Paris, que la France espère couronnée d’un accord, et les leçons que l’on peut tirer de la démocratie suisse.

«La France comprend la Suisse, mais elle ne peut pas transiger sur le principe de la libre circulation»