«A la tête du PDC, il faut une personnalité intégrative et non quelqu'un qui polarise.» Sur ce point, les avis étaient à peu près unanimes jeudi dans les rangs démocrates-chrétiens à propos de la succession Durrer. Ce discours rappelle étrangement celui que l'on entendait au Parti socialiste il y a une année après le départ surprise d'Ursula Koch de la présidence. Il est typique d'un parti en crise, à court de remèdes pour surmonter ses divisions internes.

Au PDC, ces tensions sont loin d'être nouvelles. Elles remontent même pratiquement à la création du parti sous sa forme moderne il y a trente ans.

Le PDC était né alors de l'intégration dans le Parti catholique-conservateur du Parti chrétien-social. Deux courants dont l'osmose n'a jamais réussi, ce que le parti a payé et continue à payer cher en termes électoraux.

Perpétuellement tiraillé entre la droite et la gauche, le PDC est perçu comme un parti servilement progouvernemental, sans ligne propre, sans profil clair. Sans identité non plus. Plus qu'un parti centriste, le PDC est un parti pivot – concept absolument invendable auprès de l'électorat.

Le parti est-il condamné à rester coincé dans ce dilemme? Le chef du groupe aux Chambres, Jean-Philippe Maitre, veut croire que non. «Le PS vient de réaffirmer un ancrage clair à gauche en congrès l'an dernier tandis que les radicaux ont donné un coup de barre à droite avec l'arrivée de Gerold Bührer à la présidence. L'espace politique qui se dégage au centre n'a jamais été aussi large. Il faut en profiter plutôt que de faire du suivisme de l'UDC.»

L'analyse faite par le courant conservateur – dont fait partie le président démissionnaire Adalbert Durrer – est, elle, totalement différente. Affolé par la montée irrésistible de l'UDC, il exerce une pression croissante pour que le parti retourne à ses «racines». Il vient, du reste, de créer un groupe de réflexion baptisé «Valeurs et société». Ce courant, qui est régulièrement minorisé par les instances du parti (assemblée générale comprise), soutient que les organes dirigeants du PDC ne sont plus représentatifs de la «base».

La déconfiture de «Oui à l'Europe!», que le PDC a soutenue, est venue apporter de l'eau à leur moulin, mettant sous forte pression le chef du groupe Jean-Philippe Maitre.

L'empoignade pour la succession d'Adalbert Durrer s'annonce donc vive. D'autant que trois autres postes au comité présidentiel (qui en compte sept) seront à repourvoir en mai prochain également. Le siège de la chrétienne-sociale zougoise Monika Mathers est particulièrement attaqué. Et les deux vice-présidents, François Lachat et Rosemarie Zapfl, qui viennent pourtant d'être réélus, pourraient être remis en cause également. «Toutes les variantes doivent être examinées, y compris pour la vice-présidence. L'important est que l'équipe dirigeante constitue une véritable équipe qui tire à la même corde», résumait jeudi le conseiller aux Etats schwytzois Bruno Frick.

Principale personnalité concernée par ces propos, le vice-président François Lachat apprécie l'avenir immédiat de son parti.

Le Temps: Comment le PDC compte-t-il réagir dans l'immédiat à la démission annoncée d'Adalbert Durrer?

François Lachat: Nous allons réunir un groupe de travail ce week-end, qui devrait comprendre les deux vice-présidents du parti (dont Rosemarie Zapfl), le président du groupe parlementaire, Jean-Philippe Maitre, le président du sous-groupe démocrate-chrétien du Conseil des Etats, Franz Wicki, et sûrement, aussi, quelques «sages» du PDC.

– Allez-vous décider ce week-end, entre vous, du nom de celui ou de celle qui succédera à Adalbert Durrer?

– Non, bien sûr, mais nous nous attacherons à dégager un profil du futur président ou de la future présidente.

– Quel doit être, selon vous, ce profil?

– Il faut un rassembleur qui s'impose d'entrée, sans problème de légitimité, quelqu'un qui sache faire la synthèse lorsque cela est nécessaire. Mais cette personne doit avoir du caractère. Je ne citerai aucun nom pour l'heure.

– Faut-il un proeuropéen à la tête du parti?

– La question européenne ne semble plus devoir être prioritaire dans les prochaines années. Aussi ne devrions-nous pas achopper sur ce point.

– Le départ d'Adalbert Durrer n'est-il pas l'occasion de procéder au renouvellement des dirigeants du PDC, dont vous êtes?

– Rosemarie Zapfl et moi avons été réélus le 20 janvier pour quatre ans aux postes de vice-présidents. Des démocrates-chrétiens ont réclamé notre départ après la votation sur l'initiative «Oui à l'Europe!». Ceux qui veulent m'éjecter devront me dynamiter.