Le conseiller d'Etat genevois François Longchamp a profité du Congrès suisse de l'aviation, organisé mardi à Cointrin par economiesuisse, pour dénoncer la modification de la loi fédérale sur l'aviation mise cette année en consultation.

Le Temps: Que reprochez-vous à ce projet de modification?

François Longchamp: La Confédération est responsable de la politique ferroviaire de la Suisse et ne se montre pas capable de gérer correctement le tronçon Lausanne-Genève, l'une des lignes les plus fréquentées et les plus rentables du pays, en y installant une troisième voie. Elle est responsable de la politique autoroutière et ne parvient pas à résorber l'engorgement de l'A1. Et voilà qu'elle déboule dans le domaine aérien avec un projet de modification législative qui a pour objet principal d'augmenter le taux d'autofinancement des aéroports! N'a-t-elle rien de mieux à faire au moment où ces infrastructures investissent massivement pour assurer leur développement? Il y a dix ans, la Confédération donnait des prêts bonifiés aux aéroports. Après les en avoir privés, voilà qu'elle entend les taxer au bénéfice de l'Office fédéral de l'aviation civile! On est passé d'une politique de soutien à une politique de perception.

- Que devrait faire la Confédération?

- Elle devrait encourager, par des choix politiques, l'ouverture de nouvelles lignes vers les pays émergents. Un tel effort à l'égard de la Chine aurait été le bienvenu il y a trois ou quatre ans. Il vaudrait aujourd'hui la peine de densifier nos liens avec l'Inde. Des géants aéronautiques sont en train de se créer, à l'instar d'Emirates qui pourrait bien profiter de sa position géographique entre l'Europe et l'Extrême-Orient pour devenir la première compagnie aérienne du monde. Le risque est grand que les aéroports suisses se retrouvent bientôt en périphérie.

- Vous plaidez pour Genève...

- Pas seulement. Il y va de l'intérêt de la Suisse. Un exemple: les Chinois commencent à voyager et pourront bien être demain ce que les Japonais ont été, une aubaine pour notre tourisme. Or, pourquoi croyez-vous que les Japonais ont pris Lucerne parmi leurs destinations favorites? Parce qu'il y trouvaient un joli pont de bois? Parce qu'une stratégie touristique et aéroportuaire les y a conduits, oui! Aujourd'hui, nous devons créer le même genre de réflexe chez les Chinois. Et ce tourisme-là ne concerne pas que Genève ou Zurich mais une multitude de villes et de stations.