Après avoir tenté de rester dans l’ombre, François Longchamp entre en scène. Coiffé de sa triple casquette de président de l’Aéroport international de Genève (AIG), président du Conseil d’Etat et ministre de la Solidarité et de l’emploi, il recevra aujourd’hui à 11h30 les partenaires sociaux en conflit à l’AIG. Pourtant, mardi, le radical assurait au Temps qu’il entendait rester en retrait dans le différend opposant le syndicat des services publics (SSP) à l’entreprise d’assistance au sol Swissport (LT du 06.1.2010). Sa volte-face intervient alors que des critiques se font entendre, même au sein de la droite.

Malaise chez Swissport

En cause: les conditions de travail du personnel de Swissport, chargé notamment du tri des bagages. Les quelque 70 grévistes soutenus par le SSP réclament une convention collective (CCT) de branche. Ainsi que des hausses de salaire, de meilleures indemnités pour le travail de nuit et du week-end et la suppression des pénalités financières en cas d’arrêt maladie. Cela n’a pas empêché la signature d’une CCT entre Swissport et le syndicat Push, qui ne partage pas les vues du SSP. Chacun se targue d’ailleurs de représenter la plus grande partie du personnel.

Dans un communiqué mercredi, François Longchamp «déplore le conflit et souhaite que les parties parviennent à trouver un accord». Le conseiller d’Etat, qui avait déjà reçu une pétition des employés le 12 décembre, souligne avoir demandé une expertise juridique afin d’évaluer la légitimité de son éventuelle intervention dans le cadre d’une grève alors qu’une CCT est en vigueur. «Toutefois, compte tenu de l’impasse dans laquelle les partenaires sociaux se trouvent désormais», le ministre revendique son titre de responsable des relations sociales dans le monde du travail pour justifier la rencontre d’aujourd’hui. Objectif: «Procéder à une analyse plus approfondie de la situation.» François Longchamp n’était pas joignable hier pour préciser sa démarche.

Droite et gauche critiques

Il était temps, clament les politiques. A l’aube du cinquième jour de grève, le président des socialistes, René Longet, s’emporte: «Alors qu’il préside l’aéroport, François Longchamp a mis plusieurs problèmes sous le tapis, comme les conditions de travail inacceptables de certains employés. Il a traité l’AIG comme un joli bijou, mais il devrait aussi faire en sorte que l’on soit fier de la gestion de son back-office. En minimisant la situation, il a mal commencé l’année.» René Longet attend désormais du ministre qu’il fasse pression sur Swissport: «L’aéroport est un établissement public, l’Etat a le devoir de s’assurer que les sous-traitants sont corrects avec le personnel. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui: certains salaires en bout de chaîne ne permettent pas de vivre.»

De son côté, le mouvement populiste MCG a annoncé le dépôt d’un projet de loi «afin que l’AIG ne puisse renouveler les concessions d’exploitations si des conventions collectives ne sont pas signées avec les employés et/ou les syndicats».

A droite aussi, on se montre sceptique. Chef de groupe libéral au Grand Conseil et secrétaire patronal à la Fédération des entreprises romandes, Alain Meylan souligne l’importance de l’AIG, «un outil économique important pour le canton». S’il comprend que l’Etat ne soit pas intervenu dans un premier temps vu le caractère privé de l’affaire, il estime que «si les partenaires sociaux n’arrivent pas à s’entendre, c’est son rôle d’offrir sa médiatisation». Même appréciation de sa collègue de parti Nathalie Fontanet: mardi sur Léman bleu, elle appelait François Longchamp à «remettre de l’ordre» à l’AIG.

Mais ce qui chiffonne davantage Alain Meylan, c’est la multiplication des casquettes du radical. «Ce genre de conflit souligne le problème que pose le double mandat de ministre et de président d’un établissement public autonome. Ce n’est pas conforme à la bonne gouvernance.»

François Longchamp est d’ailleurs le seul ministre à conserver la présidence d’une régie publique. Il devrait y renoncer lors de l’entrée en vigueur du projet de loi du Conseil d’Etat réformant la gouvernance de ces établissements.