Genève

François Longchamp: «S’il faut six mois pour négocier le budget 2016, alors mieux vaut y renoncer»

Le président du Conseil d'Etat François Longchamp justifie l'action du gouvernement. Et renvoie la fonction publique à ses responsabilités

Le Temps: Genève est dans l'impasse, sur le budget comme avec la fonction publique. François Longchamp, avez-vous du souci?

François Longchamp: Ne pas avoir de budget n’est pas un fonctionnement institutionnel satisfaisant. Mais ce fut le cas à Genève cinq à six fois en vingt ans. Le fondement de l’Etat n’est pas mis en péril pour autant, puisque nous avons malgré tout un budget octroyé sur la base de 2015. Toutes les prestations de l’Etat sont assurées. D’ailleurs, je ne vois pas les citoyens inquiets à ce propos, même s'ils peinent parfois à comprendre les raisons de certains blocages.

Lire aussi: «Genève pétrifié par ses conflits»

– Ne vaut-il pas mieux travailler maintenant au projet de budget 2017 et vivre cette année avec des douzièmes provisoires?

– Je n’ai pas d’avis définitif. Mais s’il faut six mois pour négocier le budget 2016, alors mieux vaut y renoncer et se consacrer à préparer l'année prochaine. L’objectif du Conseil d’Etat est de faire en sorte que Genève puisse durablement fonctionner. L’heureuse nouvelle que nous venons d'apprendre, c’est que la Banque nationale suisse, malgré une perte de 23 milliards de francs, va distribuer des dividendes en 2016. Genève en bénéficiera.

– Reconnaissez-vous une responsabilité du gouvernement dans le blocage?

– Certainement. Mais la situation financière est délicate et la dette - héritée du siècle dernier - nous laisse peu de marge. Et pour 2018, nous visons des économies nous ramenant au niveau d'il y a 2 ans, et pas au Moyen-Age! Cela étant, la force de conviction du Conseil d'Etat sur le Parlement est modérée…

– Les députés estiment que les discussions avec les partis et la fonction publique ont été trop tardives…

– Nous avons déposé le projet de budget le 9 septembre, plus tôt encore que l’année précédente! On ne pouvait pas convoquer les partis le 10. On nous aurait reproché de vouloir mettre le parlement sous tutelle. D'ailleurs, cela s'est joué sur le fil, puisque nous étions à seulement 5 millions de francs d'un accord. Là, des éléments de psychologie parlementaire nous échappent. Quant à la fonction publique, nous les avons rencontrés dès le 1er jour.

– Le Conseil d’Etat n’aurait-il pas dû proposer des coupes sectorielles plutôt que linéaires, soit une réduction de 1% des charges de personnel et des dépenses générales?

– Je conteste le sens de votre question. Nous n’avons pas proposé des coupes linéaires au budget, puisque certains secteurs voyaient leurs dépenses augmenter. Comme la formation, l'action sociale, les personnes âgées et handicapées. Ceux qui prétendent le contraire n’ont pas lu le projet!

– Genève fait tout de même moins bien que Vaud, où le tandem Maillard-Broulis fonctionne à satisfaction!

– Le canton de Vaud a procédé à un assainissement rigoureux de ses finances publiques qui, souvenez-vous, avait alors provoqué des contestations parlementaires et des grèves mémorables! Et sa situation aujourd'hui réjouissante démontre que ces efforts n'ont pas été vains. Cela étant, nos obligations confédérales sont différentes, au titre de la péréquation et des compensations de charges: Genève est contributeur à hauteur de 245 millions là où Vaud va recevoir 11 millions.

– Comment comptez-vous sortir de l’impasse avec la fonction publique, dont les représentants ne semblent pas prêts à négocier quoi que ce soit?

– Les deux tiers des dépenses de l’Etat sont liées à des salaires. On ne peut donc plus tergiverser, n’en déplaise au président du cartel intersyndical qui nous a expliqué qu’il visait la semaine de 36 heures. Leurs représentants nous ont aussi proposé des hausses d’impôts pour préserver la fonction publique, mais nous doutons que le peuple genevois y soit favorable.

– Les fonctionnaires travailleront donc 42 heures?

– Le débat est lancé. Cette proposition vise à conserver les salaires et les conditions de retraite, tout en adaptant les horaires sur ceux des autres cantons. Les représentants du personnel amèneront-ils d’autres solutions? Après neuf séances, nous attendons toujours leurs propositions.

– Regrettez-vous l'absence de prérogatives de votre fonction présidentielle?

– Non: le pouvoir solitaire n’est pas dans la tradition de notre pays, qui lui préfère le consensus, la concordance et la démocratie directe.

Publicité