Le temps glacial de ces jours appuie les ouvriers dans leur effort de stabilisation, après l'éboulement du chantier du métro M2. Le froid aide à figer le terrain et les matériaux qui s'étaient affaissés sont maintenant stables. Les travaux se poursuivront jour et nuit jusqu'à jeudi, puis normalement pendant deux semaines encore. Pendant ce temps, la quête des explications se poursuit.

Pour comprendre ce qui s'est passé, pour en tirer des enseignements pour la suite du chantier, l'écologiste François Marthaler, chef du Département des infrastructures (DINF), a réuni lundi toutes les parties impliquées. Pour le canton, c'était une manière de reprendre un peu d'initiative sur le «chantier du siècle», laissée à la Ville de Lausanne depuis la votation populaire de l'automne 2002. Aux côtés du canton, de la Ville et de la compagnie Métro Lausanne-Ouchy, le mandataire pour le percement du tunnel de Saint-Laurent était présent. Il s'agit d'un consortium lausannois, réunissant deux bureaux d'ingénieurs conseils et géologues, Piguet et associés ainsi que CSD. Un groupe qui a à son actif le tunnel du Lausanne-Echallens-Bercher (LEB), et qui devra également percer celui du M2 sous la cathédrale. Questions au ministre vaudois des Travaux publics.

Le Temps: Qu'avez-vous appris lors de cette rencontre?

François Marthaler: Nous avons pu poser des questions très claires aux mandataires sur les informations dont ils disposaient depuis l'adjudication de 1998. Le croquis du professeur Weidmann avec le «lac de Saint-Laurent» figurait dans le dossier qui leur a été transmis à l'époque.

– Auraient-ils donc dû effectuer des sondages complémentaires?

– Je ne peux témoigner que de ce que relatent les ingénieurs, à savoir qu'ils n'avaient aucune raison de se méfier. Les sondages effectués à la fin des années 90 avaient montré que le tracé initialement prévu sous la rue Neuve était problématique en raison de la présence d'eau dans ces alluvions glacio-lacustres. Le tracé ayant été changé, ils pensaient dès lors être dans une zone où le risque était vraisemblablement évité. On pensait que la nappe de Saint-Laurent s'échouait quelque part près du Mac Donald's. En réalité, il y a une discontinuité géographique très localisée, sur cinq ou six mètres, que les sondages n'ont pas permis de mettre en évidence.

– Mais la construction du centre commercial Coop, en 1958, avait déjà causé des difficultés…

– Les ingénieurs du consortium nous ont dit ne pas en avoir eu connaissance. Pour retracer l'histoire des chantiers, il existe des archives géologiques suisses, mais les mandataires ne s'y adressent que selon leur bon vouloir.

– De toute manière, les sondages ont été réalisés avant l'adjudication, c'est donc le canton qui en avait la première responsabilité.

– Tout à fait. L'expert neutre qui devra traiter des responsabilités devra reconstituer qui savait quoi à quel moment. S'il avait suffi d'un sondage pour lever un quelconque doute, on l'aurait fait. Or, personne n'a tiré la sonnette d'alarme, y compris parmi ceux qui prétendent aujourd'hui savoir ce qu'il aurait fallu faire!

– Que se serait-il passé si le problème avait été détecté à temps?

– On n'aurait pas renoncé au M2 pour autant, ni même cherché un troisième tracé. Le problème était réglable techniquement, par des injections de béton ou par la congélation du sol au fur et à mesure de l'avance.

– Quelle leçon tirer de ce que vous qualifiez de grave incident?

– Il y aura d'autres zones délicates. La zone de la cathédrale est plus problématique au plan technique, mais identifiée comme telle depuis belle lurette. D'importantes études complémentaires ont été lancées en janvier. De manière générale, on va certainement refaire l'inventaire des risques, de leur probabilité d'occurrence et surtout des scénarios de réponse, qu'il y aurait lieu de repréciser pour tous les acteurs. Je ne me contente pas des commentaires de techniciens me disant que tout va bien. La réaction après l'accident de Saint-Laurent a été exemplaire, mais je ne sais pas trop ce qui était planifié et ce qui était improvisé.

– La nomination de l'expert neutre était annoncée vendredi comme imminente. On l'attend toujours…

– C'est une démarche que le canton soutient. Dans une configuration standard, chaque partie prend son conseil et envoie ses gladiateurs les uns contre les autres. Ici, nous avons un seul assureur, la Zurich, qui couvre toutes les parties en présence. Il faut donc que l'expert neutre soit confirmé dans son mandat par tous ces partenaires. Par ailleurs, nous n'avons pas encore le catalogue complet des questions permettant d'établir le cahier des charges. Je pense qu'on se mettra rapidement d'accord maintenant.