Cette fois c'est officiel. L'écologiste François Marthaler, 43 ans, succédera à Philippe Biéler au gouvernement vaudois. Il a été élu dimanche par un score «soviétique» de 87,2%. Il a obtenu 105 851 voix, un record absolu pour un conseiller d'Etat vaudois. La barre des 100 000 suffrages n'avait jamais été franchie, et de loin. Son rival, le candidat hors parti François de Siebenthal, a recueilli 8279 voix (6,8%). Participation: 33,5%.

Il y a trois semaines, le candidat vert était sorti largement en tête du premier tour de cette élection complémentaire. Au point que son challenger libéral Jacques-André Haury, nettement distancé, s'était sportivement effacé, tout comme le popiste Josef Zisyadis, bon troisième. Dès lors, l'élection aurait pu être tacite, mais c'était sans compter sur l'obstination de François de Siebenthal. Ce dernier a tenu à reprendre la cause défendue par Marc-Etienne Burdet, tout comme lui membre d'Appel au peuple, qui avait fait 2,6% des voix le 9 novembre. Faute de dispositions légales, le canton n'a rien pu faire pour empêcher un exercice qui aura coûté au bas mot un demi-million de francs au canton.

La participation a atteint un niveau tenu pour honorable vu les circonstances. Le président du gouvernement vaudois, l'UDC Jean-Claude Mermoud, se félicite que les électeurs aient ainsi légitimé pleinement le nouveau ministre. François Marthaler, qui craignait une participation de l'ordre de 15 à 20%, a remercié Philippe Biéler, meilleur élu des Vaudois lors de l'élection générale de 2002, pour lui avoir frayé le passage. «C'est grâce à toi», a-t-il dit à celui qui l'avait publiquement adoubé comme son successeur.

Selon Philippe Biéler, c'est la première fois qu'une succession verte réussit au sein d'un gouvernement cantonal, signe de la progression du parti. Il peut s'en féliciter d'autant plus que l'affaire, après sa démission prématurée, était loin d'être gagnée d'avance. François Marthaler a réussi un parcours spectaculaire vu les conditions de départ. Il faut rappeler que sa candidature a été imposée par la base du parti, lors d'une assemblée orageuse, contre l'avis de la direction, qui préférait Philippe Martinet.

Incontesté dans son propre parti, François Marthaler ne ressemble pas pour autant à un fondamentaliste. Chef d'entreprise, une fonction habilement mise en valeur qui lui a gagné le soutien d'une partie de la droite, il veut être à l'intersection des préoccupations écologistes, sociales et économiques. Il a répété dimanche soir, comme il l'avait fait durant la campagne, son soutien au programme de législature et la planification financière du gouvernement.

Quel département pour François Marthaler? Le Conseil d'Etat aura une première discussion cette semaine, qui ne devrait pas être conclusive. La reprise des Infrastructures (DINF) par Jean-Claude Mermoud a été évoquée, tout comme le départ de Charles-Louis Rochat de la Santé et de l'action sociale (DSAS). Mais tout changement présente le risque d'entraîner une plus vaste rocade, ce qui ne paraît pas souhaitable alors que trois magistrats ne sont en place que depuis dix-huit mois. Le simple remplacement de Philippe Biéler par François Marthaler à la tête du DINF passe pour le scénario le plus probable.

Quant au vaincu du jour, il se dit persuadé d'être victime d'une immense fraude électorale. Il a aussi annoncé le lancement d'une initiative pour limiter l'influence des sociétés secrètes et franc-maçonnes dans la vie publique. Avec près de 7% des voix, le résultat de M. de Siebenthal n'en est pas moins nettement supérieur aux scores cumulés des deux candidats marginaux du premier tour, Marc-Etienne Burdet (2,6%) et François-Xavier Martin (1,83%). Capitalisant la grogne de l'arrière-pays, il réalise entre 10% et 11% des voix dans la Broye et jusqu'à 12% dans le district d'Aigle.