Séquence souvenirs d'enfance sur la Place des Tanneries. Là où, gamin, à sa fenêtre, François Mudry assistait au ballet des voitures, les piétons sont redevenus rois. Echantillon d'une politique urbanistique qui a essaimé à une bonne partie de la ville (LT du 3.05.08).

Avec la place du Midi, l'espace des Remparts, le Grand Pont fraîchement réaménagé, lieux de rencontres largement dévolus aux bipèdes, Sion s'est taillé une silhouette qu'on lui envie loin à la ronde. Président de la ville, François Mudry est forcément pour beaucoup dans ce succès. Mais il l'attribue à son Conseil tout entier au moment de diagnostiquer le bénéfice le plus manifeste de l'opération: «Nous avons redonné une vie commerçante à Sion.»

Dette effacée

Les élections communales de ce week-end ont sonné le grand départ. Douceur d'automne, pluie de tutoiements sur le chemin pavé. A la veille du scrutin, quelques pas en ville traduisaient un peu de ce que le chef de l'exécutif laissera en héritage à la capitale en quittant son fauteuil après douze ans de règne: une ville où il fait bon vivre. Cela passe aussi par le porte-monnaie du contribuable.

En 1997, Sion accusait une dette de 18,2 millions de francs. Dix ans plus tard, elle affichait une fortune de 10 millions. Et des conditions fiscales on ne peut plus avantageuses. Plusieurs efforts successifs d'indexation et un coefficient d'impôt communal fixé à la valeur plancher de 1,10 dès le premier janvier 2009 ont tronqué les comptes de 13 millions de francs. Autant de bonus pour le contribuable.

«Ni trop introvertie ni trop tape-à-l'œil», avait-il jugé sa performance en 1998 à Séville lors de la présentation de la candidature sédunoise pour les Jeux olympiques de 2006. Dans la vie politique, en somme, François Mudry aura rarement débordé du cadre modéré de ses discours. Il a été un bon gestionnaire, un comptable efficace. Les crus locaux et autres cacahuètes de la vie sédunoise lui ont collé 10 kilos à la ceinture, assure-t-il, mais ont aussi soigné sa popularité.

Côté autoritaire

Or, la popularité de la rue a parfois trouvé son revers à la Municipalité, entraîné quelques frustrations chez les minoritaires qui dénoncèrent facilement le joug mudrisien, une façon très «présidentielle» de mener les affaires. On lui reconnaît ce côté autoritaire, tantôt franchement borné, qui a pu conduire au manque de transparence parfois. Jusqu'à l'ostracisme? «Non», analyse Béatrice Pilloud, présidente du parti radical et conseillère générale, «François Mudry n'a jamais perdu de vue l'intérêt général.»

A force, lui s'est un peu lassé de ces lamentations: «Je crois qu'on attend d'un président qu'il préside. L'important, c'est de défendre Sion. En Valais on a besoin de personnifier l'institution. Le Groupe Mutuel, c'est Pierre-Marcel Revaz... Si quelque chose ne fonctionne pas, c'est le président qui en porte la responsabilité. J'ai autrefois dû me battre pour gagner la vice-présidence de la ville et quand je suis devenu président, le PDC n'avait pas la majorité.»

François Mudry aura en fait été davantage un politicien prudent qu'un président de capitale fondamentalement visionnaire, aux traits de l'incontesté maire de Bienne Hans Stöckli, par exemple. Ils sont peu à le dégommer mais quelques déçus dont le conseiller municipal écologiste Jean-Pascal Fournier attendent ouvertement de son successeur un profil beaucoup moins conventionnel, ce «souffle» dont le président sortant a manqué. Critiques formulées par la gauche: un certain laxisme dans la politique des transports et un manque de clairvoyance dans la politique des agglomérations où la ville a manqué le premier train des subventions fédérales.

Conflit avec Constantin

François Mudry a aussi quelques fois pu surprendre par son intransigeance. Il fut intraitable avec le président du FC Sion Christian Constantin au moment où le club était au plus mal. Embourbé dans une mauvaise gestion, celui-ci sollicita d'abord un cautionnement de la ville. Mudry refusa fermement, ce qui résonna comme une déclaration de guerre aux oreilles du pacha d'Octodure. Le conflit fut définitivement consommé lorsque, plus tard, la Ville refusa d'adhérer au sursis concordataire pour sauver le club de la faillite.

«Soi-disant», précise le président dont l'analyse n'a pas varié d'un iota depuis: «La menace de faillite était un piège pour nous mettre à genoux.» Il assure aujourd'hui avoir tiré un trait sur cette affaire qui lui a valu «quelques moments de solitude au Conseil. Des centaines d'articles ont été écrits contre moi dans Le Nouvelliste. Six en ma faveur, seulement.» Du fait divers politique, finalement, François Mudry tira un bénéfice citoyen considérable. «Les gens se sont dit que le président ne pliait pas et défendait l'intérêt général jusqu'au bout.»

Le président Mudry tournera définitivement le dos à l'Hôtel deVille en fin d'année. «Après six législatures, il faut savoir se retirer.» Pas franchement certain de vouloir recycler son brevet d'avocat pour signer des procédures de divorce. Il a déjà commencé à s'effacer de la vie politique, s'est montré plutôt discret durant la campagne pour ne pas faire de l'ombre aux candidats. «Parce que j'ai l'impression que les gens m'aiment bien. Et ils viennent tout de suite autour de moi...» X. F.