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François Vuille: «La Suisse se situe parmi les pays qui ont le moins développé les nouvelles énergies renouvelables.»
© VALENTIN FLAURAUD / Keystone

Energies renouvelables

François Vuille sur les énergies renouvelables: «Nous sommes les cancres de la classe»

Directeur du développement de l’Energy Center de l’EPFL, François Vuille applaudit l’approbation par le peuple de la Stratégie énergétique 2050. Il estime qu’il est temps que la Suisse progresse

Le Temps: L’approbation de la Stratégie énergétique 2050 est-elle une décision historique?

François Vuille: Pas vraiment, car le train de la transition énergétique était déjà en marche. Il va juste prendre de la vitesse. Mais il est vrai que ce vote officialise la fin de l’ère nucléaire en Suisse. La campagne a été tendue et particulièrement émotionnelle. Au final, les Suisses ne se sont pas laissé convaincre par les arguments des opposants, qui ne proposaient pas de solution alternative, ni par des histoires de bananes qui n’avaient rien à voir avec le débat.

– Mais la Suisse se distingue sur le plan international…

– Non, car nous sommes plutôt les cancres de la classe. La Suisse se situe parmi les pays qui ont le moins développé les nouvelles énergies renouvelables. Côté transports, notre parc de véhicules figure parmi les plus gourmands en carburant d’Europe, et nos bâtiments sont de véritables passoires énergétiques. Nous avons donc plutôt du retard.

– La ligne est aujourd’hui tracée. Quels sont les plus grands défis pour arriver à destination?

– Ces prochaines années, nous allons augmenter significativement la part d’énergies renouvelables et améliorer l’efficience énergétique autant que possible. Cela permettra de compenser en partie l’abandon du nucléaire. Mais il va rester un déficit à combler dans notre approvisionnement électrique. Aujourd’hui déjà, nous importons près de 10% de l’électricité que nous consommons.

Cependant, les importations sont risquées du point de vue de la sécurité de l’approvisionnement, et il n’est pas souhaitable de miser davantage sur cette possibilité. Reste le gaz, mais avec cette question: qui va financer cette alternative sachant qu’elle n’est aujourd’hui pas rentable?

– Votre solution?

– A mon sens, elle passe par des appels d’offres publics pour obtenir et doper des capacités de production. Il faudra également favoriser les installations de couplage chaleur-force (cogénération) qui sont bien plus efficaces que les grandes centrales.

– La Stratégie énergétique soutiendra la production d’énergie renouvelable jusqu’en 2022 seulement. Est-ce suffisant?

– C’est une des promesses de la Stratégie énergétique: on augmente le soutien de 0,8 centime par kilowattheure mais on le limite dans le temps. La suite est effectivement une inconnue. Je ne vois pas de problèmes pour le solaire, car il est déjà quasiment compétitif et permet l’autoconsommation. La biomasse, l’éolien ou la petite hydraulique auront par contre des difficultés. Il faudrait une remontée massive des prix pour qu’ils soient rentables sans soutien étatique.

Il faudra donc élargir les possibilités d’autoconsommer cette électricité renouvelable pour éviter de devoir la vendre sur le marché. Dans cette optique, il faut favoriser le développement de microréseaux électriques qui offrent d’excellentes perspectives d’intégration de ces énergies renouvelables.

– A l’EPFL, vous êtes en première ligne pour trouver des solutions. Quels sont vos axes de recherche?

– Il y en a plusieurs. Le premier concerne le stockage de l’électricité nécessaire pour permettre le déploiement du solaire et de l’éolien. Pas seulement le stockage quotidien mais également le stockage saisonnier, sous forme de combustibles synthétiques, qui permettra de transférer notre surplus d’électricité solaire estival vers l’hiver suivant. Les techniques sont connues, mais il reste à trouver des solutions rentables. L’avenir appartient également aux réseaux intelligents.

– On ne va donc pas grelotter en hiver?

– Non, nous n’allons ni nous doucher à froid, ni nous priver de bananes. A mon avis, les opposants se sont tiré une balle dans le pied avec une argumentation qui ne correspond pas au niveau élevé d’éducation en Suisse.


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