Enseignement

Les francophones de Berne obtiennent une classe bilingue au primaire

Dans la capitale fédérale, les enfants dès l’âge de cinq ans pourront suivre des cours en français et en allemand. Ce type d’offre, réclamé par les familles francophones, se multiplie le long de la frontière entre Suisse romande et alémanique

Depuis l’annonce de l’ouverture d’une première classe bilingue à l’école primaire de Berne, le président de l’Association des francophones Rui Martins jubile. Dès la rentrée d’août 2019, la capitale fédérale proposera aux élèves dès l’école enfantine un enseignement en français et en allemand «à parts égales». «C’est une victoire pour l’intégration des francophones. Ils pourront plus facilement envisager de poursuivre leurs études et leur parcours professionnel dans la ville», estime Rui Martins. Les parents établis à Berne qui le souhaitent pourront inscrire leurs enfants dès novembre 2018. Le cursus bilingue commencera dès l’enfantine, à l’âge de cinq et six ans, avec une première classe de 20 à 24 élèves. Il se poursuivra jusqu’en 6e année du degré primaire.

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Demande de familles francophones

La ville entend aussi envoyer un message politique en faveur du bilinguisme et s’affirmer dans «sa fonction de trait d’union entre la Suisse alémanique et la Romandie», a souligné Franziska Teuscher, conseillère communale responsable de l’éducation, au moment de présenter cette nouvelle filière. Cela n’a pas toujours été le cas, rappelle Rui Martins. Son association, créée en 2004 avec quelque 70 personnes, milite depuis 2004 pour que l’école publique, dans la capitale suisse, exploite son terrain multilingue.

«Nous avions eu plusieurs rencontres avec l’ancien maire Alexander Tschäppät, mais il privilégiait l’anglais au français», se souvient-il. La demande croissante de la population aura eu raison des résistances: «De plus en plus de familles francophones ou bilingues établies à Berne réclamaient un enseignement bilingue», souligne Irene Hänsenberger, directrice du service scolaire à Berne. Ainsi, dans la capitale fédérale, l’idée qu’une immersion multilingue dès le plus jeune âge est possible l’emporte sur les craintes de surcharge des petits élèves, un argument brandi ailleurs pour repousser l’enseignement du français.

Bienne pionnière

Jusqu’ici, ce type d’offre semblait cantonné aux études supérieures: les gymnases, dans plusieurs cantons, proposent des maturités bilingues. Mais le succès de l’enseignement bilingue dans la ville de Bienne, première en 2010 à ouvrir une classe dans laquelle les cours sont donnée en français et en allemand au niveau primaire, a inspiré Berne. Quelque 330 élèves (répartis dans 16 classes) suivent actuellement un cursus donné dans les deux idiomes nationaux. L’offre suscite l’engouement des parents: la ville compte une quarantaine d’élèves en liste d’attente pour l’entrée en première année. Après un bilan positif, le canton a donné son feu vert pour poursuivre l’expérience au secondaire.

A Bienne, l’enseignement se calque, à choix, sur le plan d’étude alémanique (Lehrplan 21) ou sur le romand (PER). La sélection du plan d’étude détermine quelle sera la première langue dans laquelle l’élève apprendra à lire et à écrire. A l’inverse, à Berne, les deux plans d’études seront mélangés. Le français et l’allemand figureront les deux comme première langue dès l’entrée à l’école. «Il faudra prévoir des retards au début», remarque Irene Hänsenberger. Pour faciliter l’apprentissage simultané, dans un premier temps, «les enfants maîtrisant au moins un des deux idiomes auront la priorité sur ceux de langue maternelle étrangère», précise-t-elle. De son côté, Rui Martins plaide pour que le bilinguisme serve de vecteur d'intégration des francophones issus de l'immigration et ne devienne pas «un privilège».

Bientôt à Fribourg

Des projets similaires émergent ailleurs, le long de la frontière linguistique. La ville de Fribourg planche sur l’ouverture prochaine d’un cursus bilingue. Avec l’adoption d’une nouvelle stratégie cantonale en matière d’apprentissage des langues en 2010, le canton s’est engagé à renforcer son soutien aux projets d’enseignement bilingue. Sur les 21 écoles du cycle d’orientation du canton, 14 proposent une forme d’immersion linguistique.

«A défaut de filières bilingues complètes, les établissements donnent la possibilité aux élèves de suivre des cours dans une autre langue que la leur», souligne Marianne Meyer, conseillère scientifique à la direction de l’Instruction publique du canton de Fribourg. Les services de l’enseignement obligatoire tentent d’inciter les directeurs d’établissements à créer des classes bilingues. Mais ce n’est pas toujours aisé: «Il faut trouver des enseignants motivés et compétents. En outre, nous ne pouvons obliger les élèves à suivre un cours dans une autre langue, l’inscription se fait donc sur une base volontaire», note Marianne Meyer. En janvier, le cycle d’orientation de Morat annonçait le lancement d’une filière bilingue pour la rentrée 2018. Mais, faute de candidats, l’ouverture de cette nouvelle classe a été reportée.

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