La vice-présidence sera «assumée avec responsabilité en faveur de la solidarité francophone et de nos valeurs partagées, la paix, la démocratie, les droits de l’homme», a tweeté le conseiller fédéral depuis Djerba, où il représente la Suisse. Il en a profité pour évoquer la solidarité francophone.

«Notre objectif à Djerba 2022 (est de) promouvoir la numérisation au service des valeurs de la francophonie. Notre atout: Genève en tant que centre de la gouvernance numérique mondiale», a ajouté le président de la Confédération.

Ignazio Cassis a profité de l'occasion pour rencontrer le premier ministre canadien Justin Trudeau. «La relation entre nos pays repose sur des liens forts d’amitié et une excellente collaboration notamment en matière d'innovation», a relevé sur Twitter le conseiller fédéral. Les deux leaders se sont aussi entretenus sur l'Ukraine et les défis régionaux.

S’affirmer dans un monde divisé

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), un espace de 88 pays membres, associés ou observateurs, doit affirmer «son influence dans un monde fracturé» par des crises multiples, a estimé sa secrétaire générale Louise Mishikiwabo, au début de ce sommet de deux jours.

«La Francophonie doit rester un trait d’union pour éviter que les tensions ne dégénèrent en conflits», a souligné l’ex-cheffe de la diplomatie rwandaise, prônant une «Francophonie décomplexée» et «plus soudée» dans «l’élaboration de positions communes» pour aller vers un «multilatéralisme repensé».

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Elle a cité les nombreuses «tempêtes» traversées par la planète, notamment la pandémie de Covid-19 ainsi que les défis environnementaux et technologiques.

Accent sur l’économie

Le sommet doit officiellement mettre l’accent sur l’économie, avec comme slogan «le numérique comme vecteur de développement». «Il est de notre ressort de mener la bataille pour l’emploi des jeunes dans notre espace», a déclaré Louise Mishikiwabo, dont les projets sont aussi axés sur l’entreprenariat féminin.

Le sommet de l’OIF - fondée en 1970 - coïncide avec la phase finale de la COP27 sur le climat en Egypte et fait suite à une réunion du G20 en Indonésie dominée par la guerre en Ukraine, pays observateur au sein de l’OIF.

La cheffe de l’OIF n’a pas mentionné ce conflit dans son discours, mais le président français Emmanuel Macron, présent au sommet, a dit vouloir en discuter avec les autres dirigeants, selon son entourage.

Fossé entre l’Afrique et les Occidentaux

Sur ce dossier, un fossé s’est creusé entre les pays d’Afrique regrettant un manque de solidarité internationale avec le continent, face à des Occidentaux très mobilisés en revanche pour venir en aide à l’Ukraine.

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Kais Saied, le président de la Tunisie, qui accueille ce sommet seize mois après son coup de force en juillet 2021, a émis le souhait de voir la réunion apporter des «résultats tangibles et effectifs» face «aux bouleversements que connaît le monde».

Faisant allusion aux fractures grandissantes entre pays pauvres et Etats développés siégeant au sein de l’OIF, le président Saied a appelé à «rêver d’un monde meilleur pour l’humanité tout entière, pour un développement universel fondé sur la justice et la liberté». Au nom de la France, Emmanuel Macron a prôné une «Francophonie d’action» loin du «ronron des sommets».

Recul du français

A son arrivée à Djerba, Emmanuel Macron avait rencontré des jeunes ambassadeurs de la francophonie, soulignant qu’il fallait faire preuve de réalisme: «la francophonie s’étend par la démographie de certains pays (…) mais il y a aussi des vrais reculs». Il y a quelque 321 millions de francophones dans le monde et les projections font état de 750 millions en 2050.

Pourtant, «dans les pays du Maghreb, on parle moins français qu’il y 20 ou 30 ans», a observé Emmanuel Macron, invoquant notamment «des formes de résistances quasi politiques», la facilité d’usage de l’anglais ou encore la difficulté d’accéder à des livres en français à des prix abordables.

«On doit avoir un projet de reconquête», a-t-il poursuivi, exhortant à rendre de nouveau la langue française «hospitalière» en montrant que l’on peut parler un français qui n’est «pas forcément académique», mais une langue facilitant le commerce.