Franz Steinegger a-t-il envie d'être candidat au Conseil fédéral? Pour autant qu'il soit lui-même au clair sur ses aspirations et sur ses intentions, il se gardera bien de le dire. L'Uranais préfère manifestement demeurer dans une confortable ambiguïté. «Je n'enverrai pas de lettre de candidature à Berne», déclarait-il dans l'édition de la SonntagsZeitung du 20 juillet dernier. Mais il se garde tout autant de démentir un éventuel intérêt pour la succession de Kaspar Villiger et d'engager d'une quelconque façon l'avenir. Il prend encore bien soin de préciser que tout avis qu'il peut émettre sur la question ne préjuge en rien de ses intentions. En l'occurrence, la remarque vaut pour les coups de griffe adressés aux femmes radicales, parties très tôt et en fanfare en campagne. Le groupe radical aux Chambres fédérales n'est pas obligé de lancer une femme, il ne se laissera pas mettre sous pression et les promoteurs d'une candidature féminine devraient faire attention, avertit en substance Franz Steinegger dans la même interview publiée par la SonntagsZeitung.

Les femmes radicales ont réagi dimanche dernier, dans les colonnes du SonntagsBlick cette fois-ci. Leur présidente, Marianne Dürst, y exprime son étonnement devant les propos de Franz Steinegger, tout en émettant de très sérieux doutes sur l'ouverture de Pascal Couchepin à une candidature féminine. Dans la même édition de l'hebdomadaire alémanique, la présidente du parti, Christiane Langenberger, essaie de calmer un peu le jeu, tout en se félicitant du fait que les femmes radicales soutiennent avec courage et énergie leur propre candidate. Le fait que leur présidente montre un peu les dents, apporte, assure-t-elle, de l'air frais dans le parti.

La question de la succession de Kaspar Villiger aura ainsi occupé la période la plus creuse de l'année en matière d'actualité politique. S'il faut faire la part des contingences éditoriales estivales dans l'intérêt apporté à un processus qui ne fait que débuter dans les rangs du Parti radical, cette effervescence aura eu le mérite de poser quelques évidences.

Les femmes radicales sont animées d'un très sérieux esprit de revanche, quatorze ans après la chute d'Elisabeth Kopp. Elles ont commencé à le faire savoir, à la veille de la pause estivale, avec force, conviction et flonflons. Leur démarche a le poids de la légitimité et de l'opportunité. Le Parti radical, qui émerge d'une époque troublée avec une image brouillée, peut difficilement mépriser l'électorat féminin s'il veut approcher les 20% des suffrages en octobre. Mais la marge de manœuvre des femmes radicales est étroite. Elles ont beau mettre en avant plus d'une demi-douzaine de candidates potentielles, il reste évident que la plupart de celles-ci sont des faire-valoir pour la conseillère aux Etats bernoise Christine Beerli. Après les expériences faites avec Ruth Metzler et Micheline Calmy-Rey, le parlement est durablement vacciné contre le choix d'un candidat sans expérience de la politique fédérale. Or, tant que Christine Beerli, voire l'Argovienne Christine Egerszegi, ne se seront pas déclarées ouvertement, et elles ne peuvent pas le faire avant que Kaspar Villiger n'ait officiellement démissionné, les femmes radicales donnent l'impression de vouloir imposer en priorité le principe d'une candidature féminine. Dans un milieu aussi misogyne que celui des parlementaires fédéraux radicaux, où l'on a tendance à penser que «deux femmes au Conseil fédéral, c'est largement suffisant», cette prétention passe mal. La campagne des femmes radicales manque également de subtilité. Attaquer Franz Steinegger et Pascal Couchepin comme Marianne Dürst l'a fait dimanche n'était «pas très intelligent», entend-on à Berne.

Il ne faut pas négliger non plus le poids des intérêts régionaux. En plus de ses qualités intrinsèques, Franz Steinegger a l'avantage d'incarner une Suisse centrale qui se sent déjà injustement sous-représentée et qui le sera encore plus avec le départ de Kaspar Villiger. C'est là l'argument majeur du groupe de parlementaires qui s'apprête, autour du conseiller national lucernois Karl Tschuppert, à soutenir une candidature de l'Uranais.