Ça passe ou ça casse. Le comité directeur de l'Expo nationale ne présentera pas d'alternative à sa proposition d'une manifestation à 1,4 milliard de francs, avec la nécessité pour la Confédération et les cantons partenaires d'assumer 300 millions supplémentaires en garantie de déficit (Le Temps de jeudi). L'objectif du financement par les sponsors n'a pas encore été atteint et la fête restera plus chère que ce qu'espérait le Conseil fédéral. Le combat de persuasion du président du comité directeur, Franz Steinegger, et de son équipe sera donc rude. Au côté des dirigeants de l'Expo, ils tenteront lundi de convaincre une délégation du Conseil fédéral (Pascal Couchepin, Adolf Ogi et Moritz Leuenberger). Mardi, le rapport d'économie sera présenté aux cantons. Le Conseil fédéral prendra la décision finale autour de la fin du mois de janvier.

Le Temps: Après trois mois de régime minceur, avez-vous le sentiment d'avoir fait le maximum pour rendre acceptable le budget de l'Expo?

Franz Steinegger: Nous avons atteint un budget stable et équilibré – autour de 1,4 milliard – mais nous n'avons aucune réserve. Le Conseil fédéral nous avait demandé 290 millions d'économie, nous en avons trouvé 330. Mais, en cours de route, il est apparu que les coûts – l'exploitation par exemple – avaient été sous-estimés, y compris dans le rapport Hayek. Le Conseil fédéral n'en avait pas conscience en octobre dernier. Il faut une garantie de déficit de 300 millions. C'est notre devoir de le dire.

– Qu'est devenu le projet d'une Expo à 1 milliard, nécessitant la suppression de un ou deux arteplages? La pression des cantons partenaires vous a-

t-elle dissuadé?

– Pas du tout. J'étais prêt à biffer un site ou deux si cela en avait valu la peine. Mais nos travaux ont démontré que ce n'était pas si rentable. L'Expo a déjà engagé beaucoup d'argent. Si je supprime Bienne par exemple, les coûts de planification du site sont perdus. Les économies n'auraient pas été significatives, d'autant plus que les recettes des entrées auraient été moins importantes. Dans le projet que nous présentons, la surface de la manifestation sur quatre arteplages est déjà inférieure à celle de l'Exposition nationale de 1964. Recentrer la fête sur moins de quatre sites aurait nécessité un remaniement complet du projet. Nous aurions dû repousser la manifestation de plusieurs années. Le budget que nous présentons n'est pas déraisonnable: les coûts de construction sont équivalents à ceux de 1964.

– A quoi devra-t-on renoncer?

– Le rapport contient une cinquantaine de propositions d'économie. Nous pouvons construire à moindres frais et réduire les surfaces d'exposition. Sur l'eau subsisteront les éléments symboliques: le monolithe de Jean Nouvel à Morat et le «nuage» au large d'Yverdon. Le «sushi bar» d'Yverdon, prolongement du nuage, sera supprimé. A Neuchâtel, nous devons renoncer à couvrir les pavillons, imaginés initialement comme des gouttes d'eau. A Bienne, la plate-forme d'exposition sera réduite de 30%. Pour les navettes Iris, nous sommes liés par un contrat. Nous devons en réaliser une grande et quatre petites. Renoncer à l'arteplage du Jura serait une économie trop négligeable. Gardons-le. Mais aucun projet d'architecture n'est pour l'instant satisfaisant. C'est un problème.

– Votre effort d'économie suffira-t-il à convaincre le Conseil fédéral, contraint à rallonger encore sa participation?

– Honnêtement, c'est cela ou rien. Si la Suisse veut une Exposition nationale en 2002, les partenaires doivent accepter notre proposition. Si l'on renonce à l'Expo aujourd'hui, il en coûtera 340 millions de francs. C'est un choix à faire.