Les discussions ont été constructives mais les deux partenaires apprécient encore la situation de façon fort divergente. Ainsi pourrait-on résumer le premier entretien entre la Suisse et l'UE sur la question de la lutte contre la fraude. Après les discussions exploratoires sur l'ensemble du champ ouvert à un nouveau round de négociations bilatérales entre la Suisse et l'Union européenne, les négociateurs se sont retrouvés jeudi pour la première fois autour d'un seul dossier. En l'occurrence, le directeur général des Douanes, Rudolf Dietrich, et le représentant de l'Office européen de lutte contre la fraude, Lothard Kuhl, accompagnés de leurs délégations respectives, ont eu à Berne un premier entretien, encore qualifié d'exploratoire, sur les moyens de lutter contre la fraude douanière.

L'Union mandatée

En la matière, l'UE dispose déjà d'un mandat de négociations, adopté par les quinze Etats membres. La Suisse n'en est pas encore là mais a exposé sa position dans une lettre adressée par Joseph Deiss aux commissaires européens Michaele Schreyer et Christopher Patten. Le ministre des Affaires étrangères y marque une volonté d'ouverture tout en fixant les limites au-delà desquelles Berne refuse de s'aventurer. Ces limites ont précisément été évoquées jeudi. La Suisse veut bien élargir sa collaboration, en dépassant les contraintes d'une entraide administrative lourde et lente, mais n'envisage une coopération accrue que dans le cadre des mesures contre la fraude au sens du droit suisse et de la contrebande par métier. Elle veut surtout borner sa coopération au domaine de l'imposition indirecte liée au trafic des marchandises, que celles-ci passent physiquement ou non par la Suisse. L'UE est beaucoup plus gourmande et souhaite une collaboration plus poussée dans un champ plus large, dans le domaine financier, entre autres.

Rudolf Dietrich a tenu jeudi à minimiser l'ampleur de la fraude et à mettre en évidence le bon fonctionnement de la coopération avec ses partenaires dans son état actuel. Nul n'est en mesure de démontrer que l'UE perd vraiment des milliards à cause de la Suisse, assure-t-il. Par ailleurs, 300 procédures d'entraide administrative et 40 d'entraide judiciaire sont en cours. Les négociateurs se retrouveront le 27 avril prochain pour un nouvel entretien exploratoire.