«Votre nom? Cuche? Alors vous habitez probablement au Pâquier.» Dans le canton de Neuchâtel, personne n'ignore les liens étroits qui unissent le petit village agricole de 220 habitants et le patronyme rendu célèbre par Benjamin l'humoriste, Didier le skieur et Fernand l'activiste paysan. Les trois ambassadeurs – qui sont liés par des liens de parenté plus ou moins éloignés, comme l'atteste l'arbre généalogique de la famille – ont récemment été rejoints par un quatrième «cousin»: Frédéric, socialiste à la sensibilité environnementale affirmée, est devenu fin mai le 150e président du Grand Conseil neuchâtelois. Une nomination qui survient 43 ans après celle de son père, Alexandre, qui portait les couleurs du Parti libéral.

Au village – qui compte encore environ 20% de Cuche contre plus de 35% dans les années 1980 –, on est fiers de ceux qui ont, chacun de son côté, apporté une certaine notoriété à ce coin de pays, situé sur les hauteurs, entre le Val-de-Ruz et le vallon de Saint-Imier.

Pour les principaux intéressés, cette situation induit quelques contraintes: il est ainsi très difficile de les réunir tous les quatre au village, d'autant que Benjamin et Fernand ont migré sous d'autres cieux. Sollicités par Le Temps, ils se sont décarcassés – agendas en main – pour trouver un moment arrangeant tout le monde. Sans succès. Retenu à Genève pour le tournage d'une sitcom qui sera diffusée par la Télévision suisse romande à Noël, Benjamin a été contraint de renoncer. «Ça me chagrine de manquer cela, confie au bout du fil le compère de Barbezat. J'aurais eu beaucoup de plaisir à voir Didier, Frédéric et Fernand. Et puis je suis un sapin du Pâquier: j'y ai gardé mes racines.»

Concernant ses liens avec «le clan», le comédien insiste sur «sa grande complicité» avec Frédéric, son oncle et parrain, en compagnie duquel il a fait ses premiers pas sur les planches. «Didier, je ne le vois plus souvent depuis qu'il est célèbre, mais je connais mieux son frère aîné, continue-t-il. En revanche, je connais moins bien Fernand. C'est dommage, car je suis assez proche de lui au niveau politique.» Concernant son étiquette de «Cuche du Pâquier», le Veveysan d'adoption dit ne pas trop la sentir dans la vie de tous les jours. «Elle apparaît avant tout dans le regard des autres», conclut-il.

Un avis partagé par Didier, Fernand et Frédéric, réunis le temps d'une photo à proximité du collège du Pâquier, où tous ont commencé leur scolarité. Les deux aînés ont fait leurs classes ensemble, alors que Didier a usé ses fonds de culotte en compagnie de Julien, fils aîné de Frédéric. «La question, aujourd'hui, est de savoir si l'école va se maintenir malgré la baisse des effectifs, souffle ce dernier. C'est important pour le village. D'autant que le café-restaurant et l'épicerie ont disparu dernièrement…» Un silence, puis il reprend, tout sourire: «Mais ça ne signifie pas pour autant que Le Pâquier est mort: les mouvements associatifs sont nombreux, avec le Caf'conc', le chœur mixte et la troupe théâtrale.»

Autre ciment de la vie villageoise: le corps des sapeurs-pompiers. «C'était mon dernier lien avec la vie du village, raconte Didier. Mais avec mon emploi du temps chargé, je devais constamment me faire excuser. Alors j'ai préféré renoncer.» «Kuke» souligne à ce propos que c'est justement l'une de ses obligations qui l'a empêché d'assister à la fête d'investiture de Frédéric. Cérémonie qui a réuni tout le village dans une joyeuse ambiance de kermesse. «J'étais en camp d'entraînement dans le canton de Schwyz», explique-t-il avec une pointe de regret dans la voix. Le skieur, star incontestée de la famille, aurait-il de la sympathie pour les idées de gauche défendues par ses cousins politiciens? «Comme sportif, je préfère ne pas prendre position», glisse-t-il avec prudence.

Fernand, lui, était de la partie le 27 mai. «Nous étions déjà très proches quand nous étions gamins, raconte le conseiller national et secrétaire général du syndicat Uniterre. Nous avons gardé des liens très étroits.» «Oui, c'est vrai, reprend Frédéric. D'ailleurs, j'ai mal vécu le départ de Fernand, au début des années 1960. On n'était déjà pas nombreux à avoir le même âge, alors…» De leur enfance au village, les deux petits cousins – la grand-mère de Fernand était la sœur du grand-père de Frédéric – gardent des souvenirs contrastés, entre les difficultés liées à la vie rurale et les liens authentiques qu'elle génère.

«J'ai connu des moments difficiles, ce qui explique que je ne ressens pas un appel permanent pour revenir au Pâquier, confie Fernand. Mon père, qui a eu une vie difficile, était alcoolique. Au village, c'était particulier d'être le fils de Georges. Mais d'un autre côté, c'est vrai, j'ai toujours été soutenu. Les gens s'intéressaient aux problèmes des autres. Notamment Alexandre, le père de Frédéric, aujourd'hui décédé.» Le fils se souvient également. Mais avec pudeur, il change de sujet et évoque les «crasses» qu'ils effectuaient de concert: «Il nous est arrivé quelquefois de mettre de la graisse à traire sur les poignées de porte. Mais rien de bien méchant.»

Les deux hommes parleraient des heures de ces expériences communes. Des Jeunesses chrétiennes à l'armée – Fernand a objecté sur le tard, Frédéric était soldat sanitaire désarmé – en passant par leur engagement politique, ils ont de l'eau à leur moulin. Alors, les prises de vue terminées, ils n'ont pas laissé passer l'occasion. Didier parti «prêter ses bras» à son frère agriculteur, ils se sont retirés chez Frédéric. Où ils ont continué à disserter «autour d'une assiette».