La décision du parlement neuchâtelois de lever son immunité va «permettre de sortir du débat politique», qui est lourd de distorsions et d’exploitations, selon Frédéric Hainard. L’ex-conseiller d’Etat s’est dit soulagé de pouvoir enfin donner sa version des faits.

Le vote du Grand conseil «ne m’a pas surpris, car il correspondait à l’avis de la commission préalable», a déclaré mercredi à l’ATS l’ex-ministre cantonal. Cette levée d’immunité, qui ouvre la voie à une enquête pénale contre le libéral-radical, présente «un immense avantage car elle nous ramène sur le terrain juridique, qui respecte les règles».

Le Ministère public devra se pencher sur le bien-fondé d’une plainte pour contrainte, abus d’autorité et faux dans les certificats déposée contre M. Hainard par une femme soupçonnée d’abus à l’aide sociale. Cette dernière avait réagi suite à des interrogatoires conduits par l’ex-ministre et son amie inspectrice.

Le libéral-radical s’est réjoui mercredi de pouvoir enfin s’expliquer devant la justice au sujet de cette affaire. Et de préciser que sa version des faits contenait certains éléments divergents.

«Si la justice est respectée, je devrais sortir blanchi», a-t-il souligné, précisant que les trois griefs exprimés à son encontre devraient être démontés. «J’ai confiance dans les personnes qui vont examiner mon cas», a encore affirmé M. Hainard.

Dans un premier temps, l’ancien conseiller d’Etat - désormais membre du barreau neuchâtelois - avait rejeté l’idée de la levée de son immunité. «La commission avait admis que cette décision ne devait être prise que si les avocats de la plaignante n’étaient pas des quérulents, ce qu’ils étaient», a-t-il expliqué. «Plus tard, la commission m’a fait savoir que comme j’avais démissionné, je ne pouvais plus être victime de quérulence». Dès lors, le Neuchâtelois a accepté la mesure.

Les faits reprochés à M. Hainard, qui a démissionné du gouvernement cantonal fin août dernier, ont aussi débouché sur la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire (CEP). Son rapport ne sera pas débattu au Grand Conseil neuchâtelois avant le mois d’avril. Le document doit d’abord être consulté par les personnes mises en cause.

Cet état des lieux a été présenté mercredi au Grand Conseil par la présidente de la CEP, la députée verte Veronika Pantillon. «La CEP est en train de finaliser le rapport», a-t-elle ajouté au lendemain de la levée de l’immunité de l’ancien conseiller d’Etat Frédéric Hainard.

Les personnes directement concernées par ce rapport pourront le consulter et apporter des compléments. Mais elles n’auront pas la possibilité d’emporter le document ou encore de faire des photocopies. La CEP veut ainsi éviter tout risque de fuites.

Interrogée par l’ATS sur la levée de l’immunité de M. Hainard par le Grand Conseil, la présidente de la CEP a affirmé qu’une éventuelle ouverture d’une enquête pénale par le Ministère public n’allait pas interférer sur les travaux de la CEP.

Veronika Pantillon n’a pas souhaité faire d’autres commentaires sur ce dossier très sensible en rappelant que la CEP a décidé de ne pas communiquer en dehors des rapports oraux de commissions.

Reste que les deux procédures ouvertes contre l’ex-ministre PLR sont étroitement liées. La commission spéciale du Grand Conseil qui a recommandé au plénum la levée de l’immunité s’est en effet penchée sur l’une des affaires déjà aux mains de la CEP. Elle a aussi obtenu une partie des documents et procès-verbaux des auditions menées dans le cadre de la Commission d’enquête.