Genève

Frédéric Mulmann: «Les policiers et le Conseil d’Etat ont fait un pas l’un envers l’autre»

Dès 2019, l’Etat ne paiera plus l’assurance maladie des policiers, selon un accord conclu entre syndicats et gouvernement. Trois questions au président du Syndicat de la police judiciaire

Le Conseil d’Etat genevois a mis fin à un privilège contesté du métier de policier. Dès le 1er janvier 2019, la prime d’assurance maladie des fonctionnaires de police ne sera plus prise en charge par les autorités. Le gouvernement et les syndicats ont conclu un accord qui biffe cette originalité.

Pour compenser la perte de pouvoir d’achat que subiront les policiers, une compensation mensuelle forfaitaire de 538,30 francs, soit le montant de la prime moyenne à Genève, sera octroyée à ceux qui bénéficient du système actuel. Les nouveaux entrants n’y auront pas droit.

Autre aspect de l’accord: le regroupement des gendarmes et des inspecteurs dans une classe salariale unique, la classe 15. «L’alignement a été opéré à la hausse pour faire suite aux revendications des syndicats», dit le communiqué de presse du Conseil d’Etat. Enfin, le système des débours, qui «ne correspondait plus aux frais effectifs», selon le gouvernement, a été maintenu, avec une réduction de 50%. Une économie de 2,4 millions «immédiate et pérenne par rapport au budget 2017», conclut le texte.

Questions à Frédéric Mulmann, président du Syndicat de la police judiciaire, qui avait refusé de signer l’accord il y a une semaine, au contraire de l’Union du personnel du corps de police (UPCP).

Le Temps: Qu’est-ce qui a changé en une semaine et qui a finalement remporté votre adhésion?
Frédéric Mulmann: Des points litigieux ont été pris en considération. Dans les dernières heures des négociations, le Conseil d’Etat a accepté de corriger sa position sur ces points sensibles. Nous avons fait un pas l’un envers l’autre, ce qui correspond à ma conception des négociations.

Quels sont ces points?
Le premier concerne les 290 recours en justice déposés par nos membres au sujet de ces réformes. Dans une première version, l’accord stipulait que les recours devaient être retirés, mais que les frais de justice seraient à la charge des individus qui les avaient déposés. Nous avons obtenu d’inclure dans le protocole d’accord que la justice tranchera sur qui, de l’Etat ou des recourants, doit payer ces frais. Le second point concerne l’indemnité pour risques inhérents à la fonction. Cette somme est actuellement fixe et incompressible. Par une modification subtile de la formulation, il était fait référence à «des montants» dans une version précédente. Cette ambiguïté était dommageable. Le Conseil d’Etat a accepté, du bout des lèvres, de rectifier son texte.

Nous sommes victimes de notre image de privilégiés qui est totalement fausse

Il est rare qu’un syndicat abandonne un acquis. Qu’avez-vous obtenu en retour pour vos membres?
Rien, il faut bien l’avouer. Nous sommes au contraire en train de perdre du pouvoir d’achat, même si nous avons limité les dégâts. Mais les paramètres du combat pour nos collègues sont nombreux: politique, médiatique, syndical. Nous sommes victimes de notre image de privilégiés qui est totalement fausse.

Cet accord signifie-t-il que votre syndicat a modifié sa position sur la loi sur la police (LPol)?
Bien au contraire. La LPol est un fiasco et a des effets dévastateurs. Les policiers ne comprennent plus le sens de ce qu’on leur demande. Il faut dire stop. Il est temps que les politiciens comprennent qu’il y a urgence. Avec la LPol et Score [la réforme des grilles salariales à l’Etat, ndlr], cela promet de très beaux jours à la police!

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