«Les freeriders doivent changer de mentalité»

Avalanches Malgré les avertissements, quatre personnes ont perdu la vie ce week-end, portantle nombre totalde victimes à onze

Pour Heinz Walter Mathys, spécialiste de la prévention, il faut sanctionner ceux qui ignorent les limites

Les guides de montagne avaient organisé une conférence de presse vendredi pour prévenir les skieurs du danger d’avalanche très marqué. Malgré tout, quatre personnes ont perdu la vie dimanche dans les stations valaisannes. Un Vaudois qui pratiquait le freeride est décédé dans une avalanche à Nendaz, tandis que trois randonneurs à ski ont perdu la vie dans le val d’Hérens. Ces derniers étaient accompagnés d’un guide de la région et effectuaient cette sortie dans le cadre d’une formation avalanches, selon la RTS. En tout, quatre coulées se sont déclenchées sur la rive gauche du Rhône en une seule journée. Le 30 décembre déjà, trois personnes avaient perdu la vie à Orsières et dans le Haut-Valais.

Heinz Walter Mathys, avocat, expert du droit des sports de neige et président d’honneur de la Commission suisse pour la prévention des accidents sur les descentes pour sports de neige (SKUS) est favorable à des mesures de sanction pour les pratiquants du hors-piste qui ne respectent pas les limites de la pratique.

Le Temps: Cette année est-elle particulière?

Heinz Walter Mathys: Oui. C’est une situation catastrophique qui a déjà fait 11 victimes en Suisse et qui touche aussi des professionnels, comme ce fut le cas ce week-end avec un guide de montagne emporté dans une avalanche à Mase, dans le val d’Hérens. Cette situation exceptionnelle peut être comparée à celle de 1999, qui a été la pire année en Europe avec les avalanches de Chamonix, d’Evolène et en Autriche. Le danger est lié au fait que la couche de neige fraîche n’est pas solidaire de celle tombée en début de saison. Le niveau de dangerosité n’évoluera qu’avec la stabilisation de ces différentes couches.

– Malgré des niveaux d’alerte élevés, certains se risquent quand même à faire du hors-piste. Faut-il le comprendre comme un échec de la prévention?

– Non, il y a beaucoup moins d’accidents de ski et de snowboard aujourd’hui relativement au nombre de personnes qui pratiquent ces sports. Mais les freeriders doivent changer de mentalité. Lorsque le feu avalanche jaune clignote, cela signifie que le danger est de niveau 3 marqué ou supérieur et qu’il faut complètement s’abstenir de sortir des pistes. Le mot clé qui doit régir les pratiques de l’alpinisme ou du ski, c’est le respect de la montagne. Il y a des dangers que même un guide de montagne ne peut évaluer avec 100% de certitude et il convient de se rappeler qu’en montagne, le risque zéro n’existe pas. Dans le monde du freeride, on est en quête de liberté. Mais de quelle liberté? Il n’existe pas une liberté absolue mais des libertés qui se limitent entre elles. Celle de quelqu’un qui utilise les pistes limite la liberté de celui qui fait du hors-piste, notamment si ce dernier risque de déclencher une avalanche, laquelle pourrait traverser une piste balisée. Cela est le pire des scénarios et constitue un délit pénal poursuivi d’office.

– Certains freeriders estiment que le danger est moindre à proximité des pistes ou dans les forêts, par exemple…

– Le bord de la piste se limite à deux mètres de bordure de chaque côté des pistes. Ensuite, le danger existe partout dès lors que vous évoluez au-dessus des forêts. Quant à la forêt, elle est une aire dans laquelle on ne skie pas. On doit respecter la tranquillité de la faune.

– La publicité pour les domaines skiables utilise souvent des images de hors-piste. Faut-il considérer que c’est une partie du problème?

– Les milieux conservateurs de la montagne estiment qu’on ne devrait pas faire de telles publicités. Mais on ne peut pas dire que la situation actuelle est de la faute des stations ou des offices de tourisme. Le hors-piste est une mode qui est aussi liée aux nouveaux skis et snowboards développés par l’industrie. Certains s’équipent de matériel technique de sécurité comme des airbags, sondes, pelles ou détecteurs de victimes d’avalanche (DVA) mais ne savent pas les utiliser. L’équipement technique ne sert à rien sans une formation adéquate. Certaines stations proposent d’ailleurs des aires de freeride dans des périmètres balisés et sécurisés. Cela permet de satisfaire à ce phénomène de mode, de relever le défi de la poudreuse avec un risque maîtrisé.

– Quelles sont les solutionspour limiter les victimes d’avalanche?

– Le hors-piste n’est pas interdit et ne peut pas l’être parce que cela contredirait le droit constitutionnel fondamental qu’est la liberté de mouvement. Mais il est limité, et si ces limites ne sont pas respectées, il est possible de prendre des sanctions. Selon les règles fondamentales du droit civil, le titre de transport d’un usager sans scrupule peut lui être retiré. En respectant le principe de proportionnalité, il est donc possible de sanctionner la violation des règles par une mise en garde, un retrait d’abonnement ou, plus lourdement, par une dénonciation pénale pour mise en danger de la circulation publique, un acte punissable de 3 ans de privation de liberté au maximum. Ce travail ne doit pas être celui de la police étatique mais celui du service de sécurité qui incombe aux patrouilleurs des pistes.