«Une entreprise ne va jamais chercher une hostie le dimanche à l’Eglise.» Fraîchement élue présidente des Jeunes libéraux-radicaux (JLR) du canton de Fribourg, Johanna Gapany n’en démord pas: les entreprises ne doivent plus être obligées de payer l’impôt ecclésiastique, comme c’est le cas aujour­d’hui à Fribourg. Les JLR lanceront donc en janvier prochain une ­motion populaire dans ce sens, voire une initiative populaire s’ils obtiennent le soutien du parti cantonal.

A la veille du marathon de 2011 – élections communales, cantonales et fédérales –, les JLR reprennent un élément du programme électoral 2011-2016 du Parti libéral-radical cantonal (PLR). Leur but n’est pas de supprimer cet impôt, mais de faire en sorte que les entreprises soient traitées comme les personnes physiques. A Fribourg, en effet, chacun peut décider de sortir de l’Eglise et de ne plus payer son impôt ecclésiastique.

Récolté par le canton et reversé aux paroisses, l’impôt ecclésiastique sur les entreprises rapporte aux alentours de 7 à 8 millions de francs par an à Fribourg (lire ci-contre). Celui des personnes physiques, récolté par les paroisses, avoisine les 50 millions. En Suisse, l’ensemble de ces taxes se montait à 1,3 milliard de francs en 2007.

Anticléricaux, les jeunes politiciens de droite? «Non, répond Johanna Gapany. Nous n’attaquons pas la religion. Nous lançons le débat sur la légitimité de cet impôt. Le but d’une entreprise n’est pas de soutenir l’Eglise ni de participer aux salaires des prêtres et des pasteurs avec son argent. Elle doit au contraire en faire bénéficier son personnel et favoriser la croissance.» Deux tentatives identiques, en 2002 à la Constituante et en 2005 au Grand Conseil, avaient échoué.

En moyenne, la somme payée par une entreprise est égale à 10% de l’impôt cantonal. «Une charge considérable», estime Léonard Maradan, membre du comité des JLR. «Cela pourrait servir à améliorer les conditions de travail.»

En coulisses, certains membres influents – mais anonymes – du Parti libéral-radical soutiennent la mesure. «En quoi une entreprise est-elle catholique ou protestante?» s’interroge l’un d’eux. Idem pour Laurent Cousinou, nouveau vice-président du parti cantonal et ancien président des JLR: «Je défendrai le soutien à ce texte au sein de notre comité cantonal. La droite doit savoir ce qu’elle veut!»

La proposition est aussi un moyen pour les jeunes de faire parler d’eux en vue des élections, comme l’ont fait cette année les Jeunes démocrates-chrétiens avec leur initiative populaire pour l’accès au Wi-Fi gratuit dans plusieurs points des grandes communes fribourgeoises. Ou comme les Jeunes socialistes avec leur motion populaire pour des transports gratuits pour les jeunes en formation et les seniors.

L’idée des JLR inquiète en tout cas fortement les Eglises. «Pour 2008, nos recettes étaient de 13 millions de francs environ, dont 10% provenaient de l’impôt ecclésiastique sur les entreprises», souligne Daniel de Roche, pasteur et président du Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée fribourgeoise. Il est aussi député évangélique au Grand Conseil. «S’il disparaît, cela affaiblira l’engagement social et culturel inestimable des Eglises, qui profite à toute la population.»

Vicaire général du diocèse catholique de Lausanne, Genève et Fribourg, Nicolas Betticher renchérit: «Les personnes morales ont une responsabilité à l’égard de la vie religieuse. Leurs employés bénéficient des prestations des communes, mais aussi des Eglises: Caritas, diaconie, etc.»

La même crainte est née la semaine dernière à Neuchâtel lorsque le cigarettier Philip Morris a annoncé qu’il ne payerait plus sa taxe ecclésiastique, soit 1,5 million de francs (LT du 01.12.2010).

«Mais à Fribourg les entreprises ne se plaignent pas de cet impôt», rassure Jean-Pierre Siggen, directeur de l’Union patronale fribourgeoise et chef du groupe démocrate-chrétien au Grand Conseil. Conseiller d’Etat en charge des institutions et des relations avec les communautés religieuses, l’indépendant Pascal Corminboeuf ne soutient pas l’idée des JLR. «Tant dans les parties catholiques que réformées du canton, les gens sont attachés à cet impôt, à cette tradition.»

«En quoi une entreprise est-elle catholique ou protestante?»