Pour montrer qu’elle parle deux langues, la Ville de Fribourg veut installer de nouveaux panneaux dans sa gare. Au français, il faudra ajouter l’allemand, avec «Fribourg-Freiburg». Le parlement communal décidera lundi de dépenser 40 000 francs. Le canton mettra la même somme.

Dans un canton qui se profile comme un pont entre Romands et Alémaniques, le projet a valeur de symbole. Le RER s’appelle déjà «RER Fribourg/Freiburg», l’Etat traduit tous ses documents, et l’Université est bilingue.

Suisse romande en retard

«Ces panneaux, c’est un petit pas», concède le germanophone Rainer Weibel, membre Vert du parlement communal à l’origine du projet. Avec un quart d’Alémaniques, la ville est clairement bilingue, selon lui. «Pour les Alémaniques, nous faisons partie de la Romandie. Souvenez-vous des discussions autour de la candidature d’Urs Schwaller au Conseil fédéral en 2009. Il n’y a pas de frontière des langues. Elles se mélangent doucement.»

La Ville de Morat prévoit aussi des panneaux «Morat-Murten». Pour Ursula Schneider Schüttel, conseillère nationale PS et membre de l’exécutif moratois, ils serviront à la population francophone, pour qui «ce n’est pas évident que Murten est Morat». 13% des citoyens parlent français et ce nombre augmente. Beaucoup travaillent à Neuchâtel ou Fribourg.

Cette nouvelle signalétique coûte des dizaines de milliers de francs car elle implique des changements dans tout le pays: haut-parleurs, panneaux d’affichage automatiques, horaires imprimés, Internet. Les CFF ne payeront rien: «Le projet n’est pas lié à des motifs d’exploitation ou de sécurité», note la porte-parole Patricia Claivaz.

Si l’idée réjouit Virginie Borel, du Forum du bilinguisme à Bienne, elle note que «les choses ont un peu de retard en Suisse romande, car la majorité francophone a plus de mal à lâcher des droits pour les germanophones. Dans le canton de Berne, par contre, les germanophones ont vu leurs intérêts de canton pont en traduisant pour les 6% de francophones.»